Après la coulée verte, la coulée solaire ? Nous avons demandé à l’intelligence artificielle de se mettre dans la peau d’un candidat aux municipales et d’imaginer pour Nice des idées « novatrices, réalistes et transpartisanes à présenter aux électeurs ».
L’une d’elles a retenu notre attention : une canopée photovoltaïque au-dessus de la voie Mathis. Il s’agirait de couvrir partiellement l’autoroute urbaine de panneaux solaires. Une idée vraiment réaliste ?
Pourquoi c’est séduisant ?
Pour Gemini, l’assistant conversationnel de Google que nous avons interrogé, le constat est net : la voie rapide est « un point noir qui coupe Nice en deux, génère un bruit infernal et constitue un îlot de chaleur ». Or « l’enterrer est impossible ». D’où ce « projet industriel, écologique et financier » pour « l’utiliser au lieu d’essayer de la cacher ».
« Cette coulée solaire, qui deviendrait la plus grande centrale urbaine de France », présente nombre d’avantages : permettre « de revendre l’électricité pour financer les écoles ou baisser les charges locales », « de rouler à l’ombre, réduisant l’effet de chaleur » et « de protéger du bruit sans enfermer la pollution comme dans un tunnel ».
De plus, analyse l’IA, le message politique allie pragmatisme et vertu écologico-financière : « Je ne détruis pas la voiture : je la rends utile à la communauté. »

En quoi cela consiste exactement ?
Le projet n’est pas de couvrir « l’intégralité de la voie Mathis mais les tronçons à ciel ouvert traversant des zones denses, les plus nuisibles en termes de bruit et d’îlots de chaleur ». L’IA vise « 2,5 à 3 km » au total, soit environ 50.000 à 60.000 m2 de panneaux.
« Avec la technologie actuelle, cela permet de produire l’équivalent de la consommation électrique (hors chauffage) de 4.500 à 5.000 foyers », évalue Gemini.
Est-ce techniquement faisable ?
L’idée séduit Jean-Laurent Burlet, docteur agrégé en génie civil : « Elle est très intéressante et techniquement faisable : si on imagine des portiques soutenant des panneaux solaires et des plantes rampantes partant du sol, la surcharge est faible. Pas besoin, alors, de gros travaux. Seulement des poteaux et des poutres métalliques, éventuellement des fondations ou des micropieux sur un ou deux mètres de profondeur. On peut même imaginer s’accrocher aux murs de soutènement. »
Et pourquoi pas « enjamber la voie ferrée », échafaude celui qui dirige le département Bâtiment durable et intelligent à Polytech Sophia et envisage de faire plancher ses étudiants sur la faisabilité et la rentabilité du projet.
Seul hic : « Réaliser les travaux en perturbant au minimum la circulation. »
Est-ce financièrement viable ?
Selon Gemini, le coût du projet – à affiner par des études d’ingénierie – tournerait autour de 35 à 40 millions d’euros, au tiers finançable par des subventions. Le reste ? L’IA recommande le recours à l’emprunt vert, dont « les échéances de remboursement sont couvertes par la vente de l’électricité produite ou les économies réalisées en cas d’autoconsommation ». Selon Gemini, Nice peur espérer, grâce à « son ensoleillement exceptionnel », tirer du dispositif « 1,2 million d’euros par an ».
Est-ce techniquement viable ?
« L’idée est bonne mais nécessite une étude approfondie », selon Mickaël Osipov, gérant et chargé d’études chez Solis Group, société spécialisée installée boulevard Gambetta.
Pour la concrétiser, il faudra s’assurer que « les zones choisies ne sont jamais ombragées entre 11 et 15 heures » et prévoir « une maintenance fréquente : la saleté générée par la pollution des voitures peut réduire l’efficacité des panneaux ». Et, surtout, être prêt à « faire venir de Chine une grande quantité de panneaux car ceux produits en France restent encore chers ». Le bénéfice écologique en prendrait alors un sérieux coup.
Les règles d’urbanisme le permettent-elles ?
Interrogé, l’architecte-urbaniste Arnaud Réaux, fondateur à Nice de l’agence Nommos après avoir enseigné le projet urbain à l’école nationale d’architecture de Paris-Belleville, trouve le projet « intéressant en ce qu’il interroge le devenir de la voie Mathis ».
Prudent, ce spécialiste de la résilience urbaine, également vice-président du conseil de l’ordre des architectes, juge que « cela ne paraît pas urbanistiquement infaisable. Mais cela reste avant tout une question de volonté politique. Et comme la ville est classée à l’Unesco, ce projet devra forcément être validé par l’architecte des Bâtiments de France. »
Sollicité, ce dernier fait savoir qu’il « ne souhaite pas commenter un projet susceptible de donner lieu à une polémique, notamment dans le cadre de la campagne ».