Cet été 2025, ICI Provence avait suivi les habitants de la résidence Bel Ombre à Marseille (11e arrondissement) lors de l’une de leurs rondes pour faire fuir les dealers qui tentaient de s’installer. Mi-décembre, la situation de la résidence s’est dégradée, elle est sous menace d’une mise en péril.
« Bel Ombre abandonné, habitants déterminés » ou encore « Non à la mise en péril« . Des messages griffonnés au marqueur noir que l’on peut lire sur des pancartes de ces Marseillais, qui manifestent devant l’hôtel de ville ce 18 décembre 2025.
Les habitants avaient pourtant réussi à se débarrasser des dealers qui ont tenté de s’installer chez eux l’été passé, en « occupant le terrain » et grâce au « soutien des autorités » : la préfète de police des Bouches-du-Rhône a fait deux rencontres avec ces résidents pour améliorer la sécurité. Mais le portail qui facilitait leur installation n’est toujours pas réparé.
Mi-décembre, ICI Provence retrouve des habitants très remontés devant l’hôtel de ville de Marseille (même si la municipalité n’est pourtant pas compétente dans la gestion de la copropriété). La résidence s’est tellement dégradée qu’elle a failli être mise en péril.
« 16 étages à pied, ça use »
Le sursis a été reporté de quelques mois, notamment avec l’aide de la municipalité. De nombreuses pancartes étrillent la mauvaise gestion d’AJAssociés, un administrateur judiciaire qui fait office de syndic, nommé pour redresser les comptes déficitaires de la copropriété. Les habitants craignent une mise en péril du bâtiment qui tombe en désuétude progressivement. Selon eux, depuis qu’un administrateur judiciaire a repris le dossier, la situation a empiré : sept ascenseurs sur huit en panne pour montrer 16 étages, « ça use, ça use » peut-on lire ironiquement sur l’un des messages tenu par un manifestant.
Plusieurs pancartes des habitants étrillent la gestion de leur administrateur judiciaire, AJAssociés, qui remplit le rôle de syndic © Radio France – Maryline Ottmann
« On paye les loyers tous les mois, on paie les charges tous les mois. On a décidé de faire ce mouvement parce qu’à un moment donné, on ne se sent plus écouté » peste Sofiane devant la mairie. « Des gens âgés ne peuvent plus monter chez eux, ils sont enfermés dans leur appartement » peut-on entendre depuis un mégaphone tenu par un autre habitant. Il dénonce des devis aux prix exorbitants proposés par AJAssociés pour les réparer. D’autres problèmes de salubrité ont empiré.
Un plan de sauvegarde de la résidence à l’étude ?
Sous ses fenêtres, ces Marseillais essayent d’interpeller leur maire. « Au moins de nous recevoir » crie un habitant. Des élus de la mairie les ont rencontré plusieurs fois. Benoît Payan participe au conseil municipal, alors en cours ce jour-là. C’est son adjoint au logement qui répond à ICI Provence. « La ville n’a aucun pouvoir vis à vis directement de d’AJAssociés« . Patrick Amico dit faire son maximum pour rétablir le dialogue avec l’administrateur judiciaire.
« J’ai fait la mise en relation. J’ai écrit récemment à la préfète déléguée à l’égalité des chances pour lui rappeler quand même l’urgence de l’étude d’un plan de sauvegarde de la résidence. Nous ne sommes pas les services de l’État, nous avons des limites. Par contre, nous sommes garants de la sécurité des personnes et à ce titre là, on ne lâchera rien sur la sécurité des personnes, ça c’est clair » prévient l’adjoint.
D’autres copropriétés dénoncent la mauvaise gestion d’AJAssociés
Pas de quoi convaincre Mohamed qui vient juste de reposer son mégaphone. « On n’est pas en train de demander des piscines pour se baigner, on est en train de demander le minimum vital ». Il est entouré par des habitants d’autres copropriétés à Marseille, elles aussi gérées par le même administrateur judiciaire : Bel Horizon, Benza, et d’autres résidences plus petites du centre-ville. « Pourquoi la mairie voit se dérouler tout ça devant elle, c’est à dire des copropriétés qui se dégradent, avec toujours ce même administrateur judiciaire, et ne fait rien ? Elle est interpellée à plusieurs reprises par plusieurs copropriétés et elle n’agit pas ! » se désole Mohamed, le regard tourné vers la mairie, ne sachant plus vers qui se tourner. « Peut-être le Ministère du logement, de l’intérieur ? De la justice? » Celui qui a nommé AJAssociés dans son rôle de gestionnaire de crise.
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