« Est-ce que vous vous représentez le drame que ça peut être de déposer plainte contre son propre enfant ? »

Le président du tribunal Didier Iermoli plante ses yeux dans ceux du jeune prévenu à la barre. Le ton qu’il emploie traduit la charge émotionnelle de l’affaire jugée ce vendredi après-midi à Nice. Une affaire étonnante, et touchante, qui voit un fils comparaître sous le regard protecteur de ses parents, assis sur le banc des parties civiles. Il répond de « menaces de mort réitérées » contre son propre père.

« Je vais te fumer ! » « Je vais te saigner ! » « Je vais foutre le feu à l’immeuble ! » Les menaces proférées par ce jeune homme, fin octobre dernier, étaient difficilement audibles par le père auquel il s’adressait. Ce dernier venait de lui demander des comptes, après avoir découvert de la cocaïne près de son lit, dans son appartement du centre-ville de Nice. La conversation s’est envenimée. Le père a dû fuir, laissant la place aux policiers.

Cet épisode de violence n’était pas le premier. Le jeune prévenu avait été condamné pour des faits similaires, il y a plusieurs années, à effectuer un travail d’intérêt général. « J’ai très peur de lui, je ne dors plus la nuit », admettait son père. La mort dans l’âme, les parents ont dû se résoudre à déposer plainte contre leur propre fils. En espérant une meilleure prise en charge de sa bipolarité.

« Système psychiatrique difficile à intégrer »

« Malheureusement, le système psychiatrique en France est très difficile à intégrer, plaide cette mère, dans un témoignage très digne et clair. Cette journée-là nous a conduit à dire stop à la violence et à conduire notre fils à se soigner. On l’aime, notre fils. On sait que c’est très dur, la bipolarité. On a besoin de gens comme vous de dire à notre fils : « Lance-toi dans ta vie » ».

Réprimant ses larmes, cette mère éprouvée dit son désarroi face aux troubles psychiatriques de son fils. Ils se seraient manifestés à la suite d’un diabète apparu à la séparation de ses parents. Le cannabis, la cocaïne, les méthamphétamines qu’il consomme n’aident pas. « Nous nous tournons vers des soins à l’étranger pour soigner son addiction, soupire la maman. C’est la maladie de l’enfant gâté, l’enfant qui a trop eu. Mais c’est une maladie mal prise en charge… »

Depuis l’audience de comparution immédiate, le prévenu a passé un mois et demi en détention provisoire. Il a changé d’attitude et reconnaît désormais les faits. Ce beau garçon, issu d’une famille aisée, vient « assumer ses actes, demander pardon à [s]es parents ».

« La seule chose qui compte, c’est que vous suiviez votre traitement »

« Dès son arrivée en prison, il a pris conscience de la gravité des faits, de leurs conséquences, de l’importance de ses parents et de l’amour qu’ils avaient pour lui », insiste Me Grégory Fuster en défense. Ces parents se sont démenés pour le faire sortir de prison, le 10 décembre. Un parcours de soins a ainsi pu être mis en place.

Toutes ces bonnes dispositions doivent-elles conduire à une dispense de peine ? Le procureur Etienne Moreau n’en est pas si sûr. « On peut limiter les effets des psychoses, mais on n’en guérit pas. La seule chose qui compte, c’est que vous suiviez votre traitement. »

Dans cette optique, il requiert un an de prison avec un sursis probatoire pendant deux ans, prévoyant une obligation de soins. Le tribunal s’en tient à 8 mois. Le fils et ses parents peuvent quitter le tribunal ensemble, avec l’espoir d’une stabilité retrouvée.