Lors d’un appel téléphonique avec le président américain Donald Trump, le dirigeant russe Vladimir Poutine a déclaré que l’Ukraine avait tenté d’attaquer sa résidence dans le nord-ouest de la Russie avec des drones à longue portée. Cela serait survenu presque immédiatement après les discussions de M. Trump avec le dirigeant ukrainien Volodymir Zelensky dimanche.

Cette attaque «ne restera certainement pas sans réponse», a déclaré le conseiller aux affaires étrangères de M. Poutine, Yuri Ushakov, ajoutant que Moscou allait désormais revoir sa position dans les négociations.

M. Zelensky a nié l’attaque rapportée par la Russie, affirmant qu’il s’agit d’une tentative de manipulation du processus de paix. Il a soutenu qu’il s’agissait d’un «autre mensonge» et que cela venait du fait que Moscou était déconcertée par les progrès des efforts de paix.

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a indiqué que l’Ukraine avait lancé une attaque contre la résidence de M. Poutine dans la région nord-ouest de Novgorod dans la nuit de dimanche à lundi à l’aide de 91 drones à longue portée.

L’appel de lundi entre M. Trump et M. Poutine a somme toute été positif, selon la porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt.

Les deux dirigeants s’étaient également entretenus avant les discussions entre MM. Trump et Zelensky dimanche, alors que le président américain tente d’amener les deux pays à un accord.

M. Ushakov a affirmé que M. Trump poussait l’Ukraine à rechercher un accord de paix global et à ne pas exiger de cessez-le-feu qui donnerait un temps de repos à ses troupes. M. Poutine a également insisté sur un règlement complet avant toute trêve.

Garanties de sécurité

M. Zelensky a déclaré lundi que les États-Unis offraient à l’Ukraine des garanties de sécurité pour une durée de 15 ans dans le cadre d’un projet de plan de paix, a déclaré lundi le président ukrainien Volodymyr Zelensky. Il a toutefois précisé qu’il privilégierait un engagement américain pouvant aller jusqu’à 50 ans afin de dissuader la Russie de toute nouvelle tentative d’annexion par la force du territoire ukrainien.

Le président américain Donald Trump a reçu M. Zelensky dimanche dans sa résidence de Floride et a insisté sur le fait que l’Ukraine et la Russie étaient «plus proches que jamais» d’un accord de paix.

Les négociateurs recherchent toujours une avancée décisive sur des points clés, notamment le retrait des forces de chaque camp et le sort de la centrale nucléaire de Zaporijia, occupée par la Russie et l’une des dix plus importantes au monde. M. Trump a souligné que les négociations, menées par les États-Unis depuis des mois, pourraient encore échouer.

«Sans garanties de sécurité, soyons réalistes, cette guerre ne prendra pas fin», a dit M. Zelensky aux journalistes par messages vocaux, en réponse à des questions envoyées via WhatsApp.

L’Ukraine est en conflit avec la Russie depuis 2014, date à laquelle cette dernière a annexé illégalement la Crimée et où des séparatistes soutenus par Moscou ont pris les armes dans le Donbass, région industrielle vitale de l’est du pays.

Les détails des garanties de sécurité n’ont pas été rendus publics, mais M. Zelensky a déclaré lundi qu’elles prévoient notamment le suivi de l’accord de paix ainsi que la «présence» de partenaires. Il n’a pas donné plus de précisions, mais la Russie a affirmé qu’elle n’accepterait pas le déploiement de troupes de pays membres de l’OTAN en Ukraine.

Progression russe

Alors que tout semble indiquer que les négociations pourraient aboutir en janvier, avant le quatrième anniversaire de l’invasion russe du 24 février 2022, M. Poutine a affirmé lundi que les troupes russes progressaient dans la région de Donetsk, dans l’est de l’Ukraine, et poursuivaient également leur offensive dans la région de Zaporijia, dans le sud.

M. Poutine a cherché à présenter une position de force avant les négociations, alors que les forces ukrainiennes peinent à repousser l’armée russe.

Lors d’une réunion avec des officiers supérieurs, il a également souligné la nécessité de créer des zones tampons militaires le long de la frontière. «Il s’agit d’une tâche très importante, car elle garantit la sécurité des régions frontalières de la Russie», a expliqué M. Poutine.

Le président français Emmanuel Macron a annoncé que les alliés de Kyiv se réuniraient à Paris au début du mois de janvier afin de «finaliser les contributions concrètes de chaque pays» aux garanties de sécurité.

Selon le président Zelensky, M. Trump a affirmé qu’il envisagerait de prolonger les garanties de sécurité américaines pour l’Ukraine au-delà de 15 ans. Les garanties seraient approuvées par le Congrès américain ainsi que par les parlements des autres pays impliqués dans la supervision de tout accord, a-t-il précisé.

M. Zelensky a dit souhaiter que le plan de paix en 20 points actuellement en discussion soit approuvé par les Ukrainiens lors d’un référendum national.

Cependant, la tenue d’un tel référendum requiert un cessez-le-feu d’au moins 60 jours, et Moscou n’a manifesté aucune volonté de conclure une trêve sans un accord global.

Les Ukrainiens doutent

Dans les rues enneigées de Kyiv, la capitale ukrainienne, les gens se montraient sceptiques quant aux chances de paix.

Un ancien militaire qui utilise le nom de code Sensei, conformément aux règles de l’armée ukrainienne, a déclaré que le bilan au pouvoir de M. Poutine montre qu’on ne peut pas lui faire confiance. Sensei s’est engagé dans l’armée en 2022 et a été blessé cette année-là lors de la bataille pour la ville ukrainienne de Bakhmut. Aujourd’hui, dit-il, presque personne de sa compagnie n’est encore en vie.

«Mais tous ces sacrifices ne sont pas vains, car nous devons prouver (…) que nous existons, que nous avons le droit d’exister, d’avoir notre territoire, notre culture, notre langue», a déclaré cet homme de 65 ans à l’Associated Press.

Denys Shpylovyi, un étudiant de 20 ans qui était rentré chez lui pour les vacances, a affirmé que la tendance de M. Trump à accepter les arguments russes avait mis M. Zelensky dans une situation difficile.

«Mais je suis reconnaissant pour certains progrès. Ils discutent, et peut-être qu’un jour, il y aura de l’espoir», a-t-il souligné.

Oleh Saakian, politologue ukrainien, a affirmé que le fait que M. Zelensky parvienne à établir une relation avec M. Trump était un bon signe, tout en remarquant que «rien n’a encore été adopté, rien n’a encore été signé».

«Je ne pense pas que ces négociations nous rapprochent d’une paix réelle, car elles sont fondées sur l’égalité entre l’agresseur et la victime, elles sont fondées sur un mépris total du droit international et (…) un mépris de la sécurité européenne», a-t-il déclaré.

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Les journalistes de l’Associated Press Vasilisa Stepanenko et Volodymr Yurchuk, à Kyiv, en Ukraine, ont contribué à cet article.