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Genève vit son mois de décembre le plus sombre depuis plus de vingt ans
Du jamais-vu depuis 2002. Le mois qui s’achève intègre le «top 5» des pires déficits d’ensoleillement enregistrés depuis le début des mesures, en 1896.
Publié: 29.12.2025, 18h36
Le Plateau suisse est resté désespérément couvert ce mois de décembre. Genève n’y a pas échappé.
KEYSTONE/Jean-Christophe Bott
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BotTalk En bref:
- Genève enregistre seulement treize heures de soleil depuis début décembre.
- C’est provisoirement le quatrième mois de décembre le moins ensoleillé depuis 1896.
- Un lac d’air froid bloque le stratus sur tout le Plateau suisse.
Si vous avez l’impression de vivre dans une cave depuis début décembre, ce n’est pas qu’une impression. Les derniers chiffres de MétéoSuisse confirment un déficit d’ensoleillement historique dans la région.
Avec à peine 13 heures de soleil cumulées, Genève n’avait pas connu un mois de décembre aussi sombre depuis 2002.
La «mer de brouillard» a rarement aussi bien porté son nom. Alors que les vacanciers peuvent profiter d’un grand ciel bleu sur le Jura et les Alpes, la cuvette genevoise suffoque sous la grisaille.
Mais cette grisaille n’est pas propre à Genève. L’ensemble du Plateau suisse, du Léman au lac de Constance, est resté presque continuellement sous le stratus durant les trois premières semaines de décembre.
Au 29 décembre, la station de Cointrin ne comptabilise que 13,1 heures d’ensoleillement cumulé depuis le début du mois. Pour mettre ce chiffre en perspective, la norme pour un mois de décembre se situe habituellement autour de 40 à 50 heures. Nous sommes donc à peine à 30% de ce que nous devrions recevoir.
Le contraste est cruel à quelques centaines de mètres au-dessus de Genève. MétéoSuisse constate que sur les crêtes du Jura, une grande partie de l’ensoleillement mensuel habituel avait déjà été atteinte avant Noël (station de Fahy).
La douche froide après deux années dorées
Le choc psychologique est d’autant plus violent que les Genevois s’étaient mal habitués ces derniers hivers. L’analyse des archives climatiques montre un contraste saisissant avec les deux années précédentes.
En décembre 2023, Genève avait bénéficié de 75,4 heures de soleil (193% de la norme), l’un des mois de décembre les plus lumineux jamais enregistrés. L’an dernier encore, en décembre 2024, les rayons ont brillé près de 57 heures.
En 2025, c’est donc une rupture brutale. Nous sommes passés de l’abondance à la disette quasi-totale, soit plus de 60 heures de soleil en moins par rapport à décembre 2023.
Dans le «top 5» des pires mois de décembre
Pour trouver un mois de décembre aussi déprimant, il faut remonter une génération en arrière. En étudiant la série des observations commencées en 1896, décembre 2025 se classe provisoirement au 4e rang des mois de décembre les moins ensoleillés depuis le début des mesures.
Si le ciel genevois semble bas, un coup d’œil dans le rétroviseur permet de relativiser la grisaille actuelle en rappelant des périodes historiques d’obscurité.
La palme revient à décembre 1932, qui conserve le record absolu et a priori difficilement détrônable avec un total famélique de 4 heures de soleil sur l’ensemble du mois.
Plus près de nous, l’année 2002 reste dans les annales comme le dernier mois le plus pénible, avec un compteur bloqué à 7 heures d’ensoleillement, talonnant la morose année 1964 qui n’avait offert que 10 petites heures de lumière aux Genevois.
Avec ses 13,1 heures actuelles, décembre 2025 évolue dans le même ordre de grandeur que les mois de décembre les plus sombres de l’après-guerre, comme 1971 ou 1975.
Le coupable: un «lac d’air froid» verrouillé
Selon MétéoSuisse, cette situation s’explique par une configuration de blocage tenace. L’air froid, plus lourd, reste piégé sur le Plateau, formant un «lac d’air froid» impossible à déloger.
Le stratus est si tenace que les météorologues eux-mêmes le qualifient de «désespérément bien accroché» dans leur dernier bulletin.
Reste-t-il un espoir pour le réveillon? Oui, mais mince. Une forte bise est attendue pour ces 30 et 31 décembre. Si elle parvient à déstabiliser la couche de nuages, nous pourrions grappiller quelques minutes de lumière in extremis.
En attendant, si les Genevois broient du noir, ils peuvent avoir une pensée pour les habitants de Schaffhouse, où à peine 2,2 heures de soleil ont été enregistrées sur les trois premières semaines de décembre.
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Se connecter Marc Renfer est journaliste à la rubrique genevoise depuis début 2022. Auparavant, il a travaillé dix ans à la RTS, en partie comme datajournaliste. Plus d’infos @marcrenfer
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Le Plateau suisse est resté désespérément couvert ce mois de décembre. Genève n’y a pas échappé.
KEYSTONE/Jean-Christophe Bott