Selon une récente étude, parler plus d’une langue permettrait de protéger durablement le cerveau. Les chercheurs estiment qu’élargir ses capacités linguistiques donnerait la possibilité de préserver la mémoire et la flexibilité du cerveau en vieillissant. Ceci pourrait donc logiquement repousser le développement de maladies neurodégénératives, notamment Alzheimer.

Les langues pour lutter contre le déclin cognitif

Avec l’âge, le vieillissement du cerveau induit des changements normaux, à savoir un ralentissement cognitif, une altération de la mémoire et de la concentration, une diminution de la capacité à gérer plusieurs tâches, ainsi que des difficultés à s’exprimer. Ceci est le résultat de changements structurels et d’une baisse de l’efficacité des connexions neuronales, bien le cerveau tente de compenser à l’aide de nouvelles connexions (neuroplasticité) et de la redondance cellulaire. Evidemment, ces effets peuvent s’accentuer en présence de maladies neurodégénératives comme Alzheimer, Parkinson et autres formes de démence.

Habituellement, la plupart des stratégies permettant d’améliorer la cognition et la mémoire sur le court terme se basent sur des mots croisés cryptiques et autres curieux casse-têtes. Cependant, une étude parue dans la revue Nature Aging le 10 novembre 2025 suggère une autre façon de repousser le déclin cognitif : élargir ses capacités linguistiques. Selon les chercheurs de l’Université Adolfo Ibañez (Chili), parler plusieurs langues permettrait de ralentir le vieillissement du cerveau.

Les auteurs ont analysé des données provenant d’un sondage réalisé auprès de 86 149 personnes âgées de 51 à 95 ans, vivant dans 27 pays européens. Or, les résultats laissent penser que les individus parlant régulièrement plus d’une langue ont 50% de risque en moins de montrer des signes de vieillissement biologique au niveau du cerveau.

apprendre langueCrédit : Supatman / iStockSelon les auteurs de l’étude, apprendre de nouvelles langues pourrait être bénéfique pour le cerveau et ainsi, prévenir les maladies neurodégénératives.Un renforcement des réseaux cérébraux

Les chercheurs ont rappelé que si le vieillissement engendre une perte des fonctions cognitives et met en danger l’indépendance, le fait de vivre dans une société multilingue pourrait réduire ce déclin. Autrement dit, le multilinguisme pourrait bien renforcer les réseaux cérébraux, dans la mesure où ces derniers sont régulièrement entrainés. De plus, ces effets positifs seraient encore plus importants dans le cas des personnes s’immergeant complétement dans une culture et des environnements linguistiques différents, par exemple les expatriés apprenant la langue de leur pays d’accueil. En revanche, les auteurs de l’étude précisent qu’il est ici question d’un usage quotidien de la langue et ce, dans des contextes réels.

Par ailleurs il ne s’agit pas de la première fois que la Science suggère que le multilinguisme pourrait avoir un effet protecteur au niveau du cerveau. Cependant, les travaux antérieurs n’étaient peut-être pas suffisants, au regard des échantillons réduits de personnes ou encore, de l’intégration de marqueurs de santé peu pertinents et d’une focalisation sur des cohortes cliniques. Ainsi, les potentiels bénéfices du multilinguisme sur le cerveau concernant les populations saines restaient encore très hypothétiques.

Si d’autres évaluations devraient voir le jour afin de corroborer et valider pleinement la conclusion des chercheurs chiliens, il est possible que le multilinguisme puisse agir en faveur de la lutte contre le développement de maladies neurodégénératives, à savoir Alzheimer, Parkinson et autres formes de démence. Enfin, ce genre de travaux n’est pas anodin puisque selon les estimations, la démence touche mondialement plus de 55 millions de personnes, avec près de 10 millions de nouveaux cas chaque année, principalement des cas d’Alzheimer (60 à 70%).