En septembre, la préfecture lui propose un entretien d’assimilation. « Il s’est très bien passé, mon interlocutrice m’a donné beaucoup d’espoir », témoigne la doctorante, qui semble avoir beaucoup d’atouts plaidant en sa faveur. Elle parle un français excellent, est trilingue (anglais et arabe), bien intégrée dans sa ville et son campus du CHU de Bordeaux.

Sa thèse, qu’elle doit soutenir au printemps, porte sur « la biogenèse d’une enzyme clé du métabolisme énergétique cellulaire », en lien avec la lutte contre les maladies génétiques. « L’intégration de Narda à notre équipe s’est extrêmement bien passée. C’est une personne volontaire, scientifiquement compétente et d’une aide précieuse », écrit la directrice de son laboratoire dans une lettre portée à son dossier.

Visa étudiant bientôt expiré

Mais fin octobre, un courrier adressé à Narda Ardah l’informe que sa demande a été retoquée, ou plutôt « ajournée à deux ans ». Dans sa réponse, la préfecture semble considérer qu’elle n’est en France que depuis 2022 et que ses ressources ne sont pas garanties. « J’ai été forcée de revenir en Palestine de 2020 à 2022 en raison du Covid », explique la jeune femme, qui est titulaire d’une bourse de recherche de 1 900 euros, cofinancée par le ministère des Affaires étrangères et son université de rattachement d’Anajah. Insuffisant ? « Un contrat de travail aurait été mieux. Mais ce n’est pas mon choix. »

« D’un côté, on nous dit que la France a besoin de chercheurs. De l’autre, on fait tout pour nous décourager de rester »

Cette décision la met dans une situation périlleuse. « Mon visa étudiant expire en mars, lorsque j’aurai soutenu ma thèse et je n’ai aucune garantie qu’il soit renouvelé. » Une solution serait d’être recrutée comme postdoctorante. Mais le seul passeport palestinien est un frein : « Je ne pourrai pas voyager hors de l’Union européenne. Les laboratoires préfèrent employer des personnes plus mobiles », dit Narda Ardah, qui assure qu’elle a une promesse d’embauche orale, conditionnée à sa nationalité française. « D’un côté, on nous dit que la France a besoin de chercheurs. De l’autre, on fait tout pour nous décourager de rester. »

Durcissement

Elle a déposé un recours. « Vu ses perspectives professionnelles et ses ressources, ma cliente avait tous les éléments pour l’acquisition de la nationalité », s’étonne Me Thiam Khadim, son avocat, qui constate que ce cas particulier s’inscrit dans un contexte de durcissement général : « Je vois ces derniers mois une hausse significative des refus. »

Ceux-ci pourraient aussi s’expliquer par une forme d’attentisme de l’administration. Au 1er janvier 2026, de nouvelles dispositions s’appliqueront pour les candidats à la nationalité française. Il s’agit de l’« examen civique », sous la forme d’un QCM, arrêté par Bruno Retailleau en octobre, ainsi que du relèvement du niveau de français exigé (de B1 à B2), mesure issue de la loi immigration de 2024 portée par Gérald Darmanin. En attendant, « il y a sans doute une anticipation, un excès de zèle », dit l’avocat, qui espère encore une décision positive pour sa cliente dans les semaines qui viennent.

Dans le cas contraire, Narda Ardah peut envisager un autre recours devant le tribunal administratif, « mais ça peut aussi prendre des années », soupire la jeune femme. Et le temps est son ennemi. « En Cisjordanie, il n’y a pas de recherche médicale. Tout est bloqué, on ne peut pas y faire de projets. Il n’y a pas de futur. »