Pendant longtemps, les Néandertaliens ont été considérés comme des créatures primitives et brutales. Pourtant, de récentes découvertes montrent qu’ils étaient capables de créativité et d’expression symbolique, bien avant l’arrivée des Homo sapiens en Europe.
Des artistes avant les Homo sapiens ?
Pendant longtemps, les Néandertaliens ont été perçus comme de simples « hommes des cavernes », des chasseurs rudimentaires incapables de créativité symbolique. Pourtant, les découvertes archéologiques récentes bouleversent cette image. Des grottes en France et en Espagne, comme La Pasiega, Maltravieso, Ardales, Roche Cotard et Bruniquel, ont révélé des traces indiscutables de leur activité artistique.
Les fouilles montrent des pochoirs de mains, des motifs géométriques et des lignes tracées avec soin, réalisées à l’aide de pigments naturels ou directement sur des surfaces argileuses. Certaines installations, comme le mur ovale en stalactites à Bruniquel, évoquent même une organisation proche d’une installation artistique, avec une intention manifeste d’agencer l’espace.
Ces œuvres témoignent d’une capacité cognitive et d’une créativité que l’on croyait réservées aux premiers Homo sapiens, montrant que nos cousins disparus partageaient déjà certaines bases de la pensée symbolique et du sens esthétique.
Crédit : Hoffman et al., Science , 2018Une empreinte de main découverte dans la grotte de Maltravieso, en Espagne, est datée d’au moins 66 700 ans.Datation et preuves scientifiques
La question centrale reste : comment savoir avec certitude que ces œuvres sont bien l’œuvre de Néandertaliens et non de sapiens ? La réponse repose sur des techniques de datation sophistiquées. La datation au carbone 14 fonctionne pour les pigments organiques, mais beaucoup de peintures noires étaient minérales et donc impossibles à dater de cette façon. Les chercheurs ont alors recours à la datation uranium-thorium des coulées de calcite formées sur ou sous les peintures.
En Espagne, ces analyses ont montré que des pochoirs et lavis de couleur sont âgés de plus de 64 000 ans, bien avant l’arrivée des Homo sapiens en Ibérie. De même, les marques de Roche Cotard ont été scellées il y a environ 54 000 ans, confirmant l’authenticité néandertalienne. Ces méthodes scientifiques permettent d’établir des dates minimales solides, démontrant que les Néandertaliens ont produit de l’art profondément symbolique sans influence humaine moderne.
Crédit : Hoffman et al., Science , 2018Des pigments rouges se sont incrustés dans les concavités d’une stalactite aux couleurs vives dans la grotte d’Ardales, en Espagne – une peinture datant d’au moins 65 500 ans.Une nouvelle perception des Néandertaliens
Ces découvertes modifient profondément notre vision des Néandertaliens. Loin des caricatures de créatures brutales et limitées, ces populations montraient des comportements planifiés, un sens de l’esthétique et la capacité d’interagir avec des environnements complexes.
L’usage des pigments, l’agencement des espaces et la répétition de motifs géométriques montrent une conscience symbolique et culturelle. Même si l’art néandertalien reste non figuratif – aucun animal ou humain n’est représenté –, il illustre un engagement dans une forme d’expression abstraite.
Certaines installations, comme les stalactites de Bruniquel, rappellent que les Néandertaliens pouvaient organiser des actions collectives pour créer des structures complexes, ce qui suggère un niveau de cognition avancé, proche de celui de nos ancêtres directs. Ces œuvres sont donc bien plus que de simples traces : elles témoignent d’un monde intérieur riche et d’une capacité à donner sens à l’espace et aux matériaux, ouvrant une nouvelle fenêtre sur l’intelligence de ces cousins disparus.