Ce 30 décembre, lors d’une conférence de presse, le magistrat s’est exprimé sur cette affaire dans laquelle trois premiers suspects de 19, 20 et 24 ans, dont deux frères, tous originaires de Reims (Marne), ont été mis en examen pour « tentative de meurtre en bande organisée », « association de malfaiteurs », « acquisition, détention et transport d’armes en bande organisée » et placés en détention provisoire lundi.
Les investigations se poursuivent pour identifier et retrouver le ou les auteurs des tirs »
Ils n’ont pas été mis en examen pour « meurtre en bande organisée » sur la victime décédée, un crime également visé dans l’information judiciaire ouverte par le parquet qui a saisi la juridiction interrégionale spécialisée de Bordeaux. « À ce stade, nous ne considérons pas qu’ils sont les auteurs de l’homicide, mais qu’ils accompagnaient la victime. Les investigations se poursuivent pour identifier et retrouver le ou les auteurs des tirs qui l’ont atteinte », explique le procureur. L’enquête est confiée à la division de la criminalité organisée et spécialisée (DCOS).

Le procureur de la République de Bordeaux, Renaud Gaudeul, s’est exprimé sur cette affaire lors d’une conférence de presse ce 30 décembre.
Thierry DAVID / SO
Gilet pare-balles, cagoules…
Les faits sont survenus vers 22 h 45, le 25 décembre, sur la place Ginette-Neveu, connue pour être un point de deal. Un témoin a rapidement donné l’alerte et décrit une Mégane RS surgissant sur les lieux, des coups de feu et une fuite précipitée. Policiers et secours ont découvert le jeune de 19 ans, très grièvement blessé à la tête, portant un gilet pare-balles, une cagoule et des gants scotchés aux manches. Transporté au CHU de Bordeaux, il est mort le 26 décembre.
L’autopsie a révélé trois plaies : une mortelle au crâne, une à l’abdomen et une à la cuisse avec la découverte d’une ogive. Cet habitant de Trappes, sans emploi, avait déjà été condamné à cinq reprises dans des affaires de stups. Il était sorti de prison le 28 novembre.
Très vite, d’importants moyens de police ont été déployés. La nuit même, la Mégane RS a été retrouvée abandonnée, moteur tournant et portières ouvertes, à Bruges. Le véhicule était faussement plaqué et déclaré volé depuis novembre à Saint-Rémy-lès-Chevreuse (Yvelines). Dans un jardin à proximité, ont été découverts un fusil AR-15 avec un chargeur et des munitions.
Quelques minutes plus tard, intrigués par l’étrange comportement de deux passagers d’un VTC, des policiers ont interpellé les deux premiers suspects : des hommes de 20 et 24 ans, originaires de Reims. Le troisième a été retrouvé grâce à l’exploitation des données du chauffeur VTC qui devait se rendre à l’adresse d’un Airbnb, à Artigues-près-Bordeaux.
Selon leurs déclarations, ils sont sortis armés du véhicule et ont été pris pour cible par au moins un individu. C’est alors que la victime aurait été touchée et que les trois autres se sont enfuis »
Le 26 décembre, des policiers s’y sont présentés. Un garçon de 19 ans, lui aussi de Reims, leur a ouvert la porte, vêtu d’un gilet pare-balles et d’une cagoule. Des éléments d’armes et des cartouches ont été trouvés dans le logement. « D’autres perquisitions ont été menées. Chez le défunt, à Trappes, où un pistolet 6.35 et un fusil à pompe ont été saisis. Des fouilles ont été réalisées dans des parties communes aux Aubiers où un fusil à pompe, très ressemblant à celui recherché dans notre dossier, et quatre cartouches, dont une chambrée, ont été découverts », précise le procureur.
Arrivés à Bordeaux la veille
En garde à vue, les trois Rémois ont affirmé « être arrivés à Bordeaux le 24 décembre, en train, après avoir répondu à un appel d’un individu qui leur aurait fourni les moyens et le transport », détaille le procureur. À destination, ils auraient été pris en charge et emmenés à l’Airbnb où la victime les aurait rejoints. Les armes, gilets pare-balles et cagoules leur auraient été fournis avant leur départ pour les Aubiers.
« Selon leurs déclarations, ils sont sortis armés du véhicule et ont été pris pour cible par au moins un individu. C’est alors que la victime aurait été touchée et que les trois autres se sont enfuis », ajoute Renaud Gaudeul, précisant que « plusieurs points doivent être vérifiés, les versions n’étant pas concordantes sur l’emploi des armes ».
La raison précise de leur venue reste à déterminer même si un lien avec le trafic de stupéfiants est largement privilégié »
Quel était le mobile ? Qui sont les commanditaires et intermédiaires ? Qui était visé ? « Les investigations ne font que débuter. De nombreuses zones d’ombre persistent, souligne le magistrat. La raison précise de leur venue reste à déterminer même si un lien avec le trafic de stupéfiants est largement privilégié. » La piste d’un contrat n’est pas exclue.