La médecine néonatale pourrait franchir un nouveau cap historique. Une start-up néerlandaise, Aqua Womb, explore la possibilité de créer un utérus artificiel capable de maintenir en vie les bébés extrêmement prématurés, nés dès 22 semaines de gestation. Cette innovation pourrait transformer radicalement la prise en charge des nourrissons les plus vulnérables, réduisant le risque de complications sévères et ouvrant un débat inédit sur la frontière entre biologie et technologie.
Un environnement sécurisé pour les bébés prématurés
Chaque année, des milliers de nouveau-nés naissent avant 24 semaines de grossesse, période à laquelle leurs organes, en particulier les poumons, sont insuffisamment développés pour fonctionner dans l’air. Aujourd’hui, les ventilateurs mécaniques restent la principale solution, mais leur usage peut provoquer des lésions pulmonaires irréversibles.
Le dispositif d’Aqua Womb propose une alternative radicale : un réservoir rempli de liquide amniotique synthétique à température corporelle, offrant un environnement stable et protégé. Le bébé y flotte librement, permettant le développement naturel de ses organes sans exposition précoce à l’air. La paroi extérieure en silicone est conçue pour résister aux mouvements du nourrisson et stimuler doucement la croissance musculaire. L’objectif est de reproduire le plus fidèlement possible les conditions du ventre maternel, offrant aux bébés prématurés une chance de maturation complète avant d’être confrontés au monde extérieur.
Le rôle central du placenta artificiel
Au cœur du système se trouve le placenta artificiel, approximativement de la taille d’un poing humain. Il remplit les fonctions essentielles de l’organe biologique : oxygénation du sang, nutrition et élimination des déchets. Des cathéters extrêmement fins retirent le dioxyde de carbone et les métabolites, tandis que des canules plus robustes apportent oxygène et nutriments.
Le raccordement du cordon ombilical au placenta artificiel est une étape critique, car il garantit une circulation continue et ininterrompue. Cette technologie pourrait permettre aux prématurés de passer plusieurs semaines, voire des mois, dans un environnement sûr, réduisant drastiquement le risque de complications respiratoires ou neurologiques. Pour les familles ayant déjà vécu le traumatisme de la naissance extrême, ce dispositif représente une lueur d’espoir concrète.
Crédit : Bart van OverbeekeReprésentation du système de maintien en vie périnatale d’AquaWomb.Perspectives, défis et enjeux éthiques
Malgré son potentiel, l’utérus artificiel reste à l’état expérimental. La FDA américaine évalue actuellement les données afin de déterminer si les premiers essais cliniques sur l’homme peuvent être lancés. Au-delà des obstacles techniques, le dispositif pose des questions éthiques inédites. Il introduit une nouvelle étape dans le développement humain, qui n’existe pas naturellement, et soulève des débats sur la réglementation et le consentement.
Les spécialistes insistent sur la nécessité d’un encadrement strict pour éviter toute dérive, tout en reconnaissant l’énorme potentiel de la technologie pour sauver des vies. Si elle est validée, cette approche pourrait transformer la médecine néonatale et réduire drastiquement la mortalité et les séquelles chez les bébés prématurés. Le monde scientifique et médical suit cette innovation avec un mélange d’enthousiasme et de prudence, conscient que nous pourrions assister à l’une des avancées les plus marquantes du 21e siècle dans le domaine de la périnatalité.