“Ce n’est pas l’appareil qui
est fragile, c’est notre usage qui l’est devenu”

Après avoir réparé plus de 400
000 appareils en vingt-cinq ans, Jérôme Vallée en est sûr : « Les
fabricants sont souvent accusés à tort. Ce qui use le plus vite les
machines, ce sont nos mauvaises habitudes. » Il raconte, par
exemple, qu’un
lave-linge
utilisé avec trop de lessive ou des cycles
inadaptés peut s’encrasser dès les premiers mois. Quant aux
réfrigérateurs, leur vieillissement prématuré vient souvent d’un
simple détail : une mauvaise aération ou un dégivrage trop
tardif.

« Dans la majorité des cas,
les pannes ne sont pas techniques mais comportementales », explique
le technicien. Autrement dit, ce ne sont pas les composants qui
lâchent trop vite, mais des conditions d’utilisation qui les font
souffrir inutilement.

Premier conseil : entretenir
régulièrement, même quand tout semble fonctionner

« La plupart des gens
attendent qu’un appareil tombe en panne avant de s’en occuper »,
sourit Jérôme Vallée. Mauvaise idée. Un entretien léger mais
régulier allonge considérablement la durée de vie des
équipements.

Pour un réfrigérateur, cela
signifie dépoussiérer la grille arrière tous les trois mois,
vérifier que la porte ferme bien, et dégivrer dès que la couche de
glace dépasse 3 mm. « Trois millimètres, c’est rien, mais ça suffit
à faire grimper la consommation de 30 % et à user le compresseur.
»

Le même principe s’applique au
lave-linge : un nettoyage mensuel à 90 °C avec du vinaigre blanc
élimine les résidus de lessive et les bactéries. Côté four, un
simple coup d’éponge après chaque utilisation évite la
carbonisation des graisses et préserve les joints.

Deuxième conseil : respecter
les limites de chaque appareil

Autre
erreur
fréquente : pousser les machines au-delà de
leurs capacités. « On croit gagner du temps, mais on use tout »,
rappelle le réparateur. Un lave-linge trop rempli force sur le
moteur, un lave-vaisselle surchargé nettoie mal et finit par
encrasser ses filtres.

Il conseille de consulter les
notices — « personne ne le fait, pourtant elles regorgent d’infos
utiles » — et de respecter scrupuleusement les capacités indiquées
par le constructeur. Les programmes “éco”, souvent boudés, sont
d’ailleurs ceux qui préservent le mieux les composants.

Troisième conseil : adopter
les bons réflexes d’achat et d’utilisation

« Avant de parler
d’obsolescence, il faut parler de bon sens », insiste Jérôme
Vallée. Il recommande de privilégier les appareils réparables, de
marques transparentes sur la disponibilité des pièces détachées.
L’indice de réparabilité, désormais obligatoire, est un bon repère
: « Mieux vaut un 8/10 qu’un design dernier cri impossible à
ouvrir. »

Autre réflexe essentiel :
couper complètement les appareils inutilisés. Beaucoup consomment
encore en veille, ce qui abîme leurs composants électroniques à la
longue.

Enfin, ne pas hésiter à faire
appel à un réparateur avant de jeter : « Neuf fois sur dix, une
panne se répare pour quelques dizaines d’euros. »

Et si
le vrai secret, c’était de ralentir un peu ?

En réalité, Jérôme Vallée voit
dans cette obsession de “l’obsolescence programmée” le reflet d’une
société de consommation rapide : « On remplace au lieu de réparer,
on achète avant d’entretenir. Ce n’est pas le progrès qui use nos
machines, c’est notre impatience. »

Les chiffres lui donnent
raison : selon l’Agence de la transition écologique (ADEME),
prolonger la durée de vie d’un appareil électroménager d’un an
seulement permet de réduire jusqu’à 200 kg d’émissions de CO₂ par
foyer.

Alors avant de céder à la
tentation d’un nouveau modèle, un chiffon, un tournevis et un peu
de bon sens suffisent souvent à redonner vie à ce qu’on croyait
“fini”.