Nous l’avons vu récemment, notre santé dépend partiellement de notre patrimoine génétique. Son étude permet souvent de déterminer des facteurs de risque et des prédispositions à certains types de pathologie. On peut tenter de combattre partiellement une « mauvaise hérédité » en agissant sur l’alimentation et plus globalement sur l’hygiène de vie. Mais ça n’est pas si simple. Nous vivons dans une société d’apparence très égalitaire, et pourtant, les statistiques mettent en évidence des déterminants sociaux à la bonne ou à la mauvaise santé. Nous ne sommes plus au temps de Zola, les mines de charbon ont disparu, mais il y a encore aujourd’hui six à sept ans d’écart d’espérance de vie entre les cadres et les ouvriers de sexe masculin.
L’édition 2024 du baromètre de Santé publique France vient d’être publiée le 11 décembre 2025 et elle confirme qu’il est plus facile d’être en bonne santé à Passy qu’à Barbès. Cette enquête porte sur 35.000 participants âgés de 18 à 79 ans et elle offre un panorama national et régional du profil sanitaire de la population française. Elle met en avant différents facteurs, partiellement dépendant du statut socioprofessionnel, et qui sont péjoratifs pour la santé.
Classes à faible revenus : tabagisme, insomnies et dépressions
Il y a de mauvaises habitudes et des pathologies qui touchent préférentiellement les classes à faibles revenus. Le tabagisme, même s’il est en baisse depuis 2021, en particulier chez l’adulte jeune, reste trois fois plus important chez les personnes en situation financière difficile que chez ceux qui se disent à l’aise sur le plan économique. Rappelons que le tabagisme est particulièrement néfaste sur le plan cardiovasculaire et gros pourvoyeur de cancers des voies aérodigestives supérieures (VADS).
Les problèmes de sommeil, également délétères pour la santé, touchent aussi préférentiellement cette catégorie socioprofessionnelle. Dans le baromètre national, globalement, 33 % des personnes interrogées déclarent souffrir d’insomnie.
Les troubles de la santé mentale sont également fréquents dans les jeunes générations en situation de précarité économique, en particulier les chômeurs, les inactifs et les individus vivant seuls. Les épisodes dépressifs sont trois fois plus élevés chez les personnes en mauvaise situation financière.
La précarité explique partiellement ces différences en raison de la difficulté plus grande d’accès aux soins, aggravée par l’apparition des déserts médicaux. Cette précarité est aussi corrélée à la consommation de ce que l’on appelle la « malbouffe » ou, plus précisément, la consommation excessive d’aliments ultra-transformés responsable de diabète, d’obésité et très probablement du cancer colorectal. Une étude récente de BMJ Medicine révèle que la mortalité néonatale est plus élevée dans les classes défavorisées.
Chez les plus riches : consommation d’alcool et sédentarité
Les plus riches ont également leurs problèmes ! Si 22 % des adultes dépassent les seuils recommandés de consommation d’alcool, cette surconsommation prédomine chez les hommes et elle est plutôt corrélée à un niveau socio-économique supérieur. Elle est un facteur de risque de cancer des voies aérodigestives supérieures (très important, en cas d’association au tabagisme), de cirrhose, d’atteinte neurologique – et j’en passe ! Un autre facteur de risque touche aussi les plus nantis ; il s’agit de la sédentarité, facteur de risque cardiovasculaire connu. Un temps total quotidien en position assise supérieur à sept heures par jour est un bon critère de sédentarité. Les cardiologues recommandent depuis longtemps, non pas le sport de haute intensité, mais un minimum d’une demi-heure d’effort physique quotidien modéré, de type marche rapide.
L’enquête publiée dans ce baromètre 2024 s’inscrit dans une tradition ancienne de surveillance épidémiologique. Elle retrouve également des inégalités territoriales en rapport avec les disparités socioprofessionnelles déjà évoquées, mais aussi avec une différence d’accès aux soins et de conditions environnementales. Les résultats sur le tabagisme sont plutôt encourageants mais sont malheureusement contrecarrés par des alertes préoccupantes sur la santé mentale. Une belle enquête, c’est bien, mais à condition qu’elle puisse servir pour construire une politique de prévention efficace et adaptée, et pas seulement à nous rappeler ce que l’on savait déjà, à savoir qu’il est préférable d’être riche et en bonne santé que pauvre et malade !
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