À près de 3 000 kilomètres de Bruxelles, aux confins de la Méditerranée orientale, Nicosie est la capitale européenne la plus éloignée du cœur de l’Union européenne (UE). Ce jeudi 1er janvier, elle devient le centre des décisions du bloc pour les six prochains mois.
Défis géopolitiques accrus
Chypre succède ainsi au Danemark à la présidence du Conseil de l’UE (l’un des trois piliers du processus législatif européen en compagnie de la Commission et du Parlement), “avec un programme marqué par les pressions géopolitiques, économiques et institutionnelles actuelles”, prévient le journal chypriote O Politis.
Parmi elles, la guerre en Ukraine, l’instabilité diplomatique des États-Unis et la montée des extrêmes droites sur le continent agissent comme des facteurs déterminant pour l’avenir de l’Union européenne.
“La présidence chypriote sera appelée à piloter des discussions cruciales sur l’autonomie stratégique de l’UE dans un contexte de défis géopolitiques accrus et d’évolution des équilibres internationaux”, insiste le quotidien.
C’est la deuxième fois que Chypre occupe la présidence du Conseil, la première était en 2012.
“Les priorités de la présidence chypriote du Conseil de l’UE seront axées sur l’élargissement de l’Union, avec un accent particulier sur la stabilité en Méditerranée orientale, la gestion des migrations, le renforcement de la compétitivité européenne et de la cohésion sociale, ainsi que la promotion des transitions écologique et numérique”, détaille O Politis.
Courrier international Les valeurs face aux impératifs géopolitiques
Les orientations prises seront scrutées de près, parce qu’elles définiront l’identité même de l’Union, estime une partie de la presse chypriote.
“Alors que l’élargissement revient sur le devant de la scène, avec l’Ukraine, la Moldavie et les Balkans occidentaux en attente d’adhésion, l’UE doit choisir : restera-t-elle fidèle à ses valeurs ou succombera-t-elle aux impératifs géopolitiques ?” interroge O Phileleftheros.
Dans l’œil du viseur se trouve notamment la Turquie, dont le rôle varie entre allié, partenaire et menace pour les Européens. Le pays occupe d’ailleurs depuis 1974 la partie nord de l’île de Chypre.
“L’élément le plus audacieux de la stratégie chypriote, dans la perspective de la présidence de l’UE, réside dans l’intention d’inviter le président turc, Recep Tayyip Erdogan, au Conseil informel qui se tiendra à Chypre en avril prochain. Si certains peuvent y voir une certaine naïveté, cette initiative témoigne d’une compréhension plus profonde : l’Europe serait plus en sécurité avec une Turquie respectueuse du droit international qu’avec une Turquie qui se sent isolée et se tourne vers d’autres puissances”, analyse le plus grand quotidien chypriote.
La présidence de l’UE s’apparente à “une chance qui cache des dangers”, résume le journal.
Dans un pays divisé depuis plus de cinquante ans, la présidence du Conseil pourrait-elle favoriser les perspectives de l’unification de l’île entre Chypriotes grecs et Chypriotes turcs ? C’est ce que veut croire le Cyprus Mail.
“La présidence de l’UE sera sans aucun doute bénéfique pour la République de Chypre, mais aussi pour les Chypriotes turcs, car elle mettrait en lumière l’égalité politique, élément central de leur revendication à Chypre, précisément au moment où ils ont voté massivement en faveur d’une solution fédérale”, estime ainsi le journal chypriote de langue anglaise.
Fin octobre, le candidat centriste Tufan Erhürman remportait la présidentielle en République turque de Chypre du nord (RCTN), reconnue uniquement par Ankara, redonnant l’espoir d’une reprise du dialogue bi-communautaire.