Avant d’annoncer une pause en 2016, Reflections a publié un troisième album intense et personnel : The Color Clear. Ce disque marquait une rupture nette dans son parcours, le groupe délaissant la virtuosité technique au profit d’une approche plus viscérale et émotionnelle.

Reflections change de cap avec The Color Clear

Formé en 2010 à Minneapolis-Saint Paul (Minnesota), Reflections réunit Jake Wolf (chant, anciennement batterie), Patrick “Patty” Somoulay (guitare) et Nick Lona (batterie). Le bassiste Francis Xayana a également joué un rôle central à différentes périodes. En septembre 2015, le trio sort The Color Clear via eOne Music et Good Fight Entertainment. L’album est produit par Will Putney.

Après deux premiers disques très techniques (The Fantasy Effect en 2012 et Exi(s)t en 2013), Reflections opte ici pour une direction radicalement différente. Plutôt que de continuer à privilégier la démonstration instrumentale, les musiciens choisissent de canaliser un mal-être profond, quitte à épurer leur jeu. Le résultat est un album dense, marqué par une atmosphère pesante et une production plus rugueuse.

Le mixage met en valeur des guitares sept cordes accordées en Drop F, qui renforcent le poids sonore de l’ensemble. La batterie, captée avec précision, conserve toute sa dynamique. Quant à la voix de Jake Wolf, souvent retenue, elle participe pleinement à la tension étouffante qui traverse l’album.

Entre violence frontale et tension mélodique

À mi-chemin entre metalcore et metal progressif, The Color Clear repose sur un équilibre instable entre rage et mélancolie. L’album alterne passages mélodiques et sections d’une grande brutalité. Des titres comme Autumnus, Actias Luna ou Translucence misent sur des ambiances lentes et pesantes, tandis que Sadist, Limbo ou Butterfly Effect s’appuient sur une agressivité frontale.

Jake Wolf utilise principalement un registre vocal médium. Il réserve ses screams les plus poussés – aigus ou gutturaux – à quelques moments-clés, ce qui renforce leur impact. Le chant clair est quasi absent, l’expression reposant surtout sur des cris éraillés ou un chant distordu et tendu.

Un disque marqué par les blessures intimes

Dans une interview accordée à NewNoise Magazine, Jake Wolf a expliqué que l’écriture de The Color Clear l’avait aidé à affronter ses traumatismes : “Ce n’est qu’à la fin de l’enregistrement que j’ai commencé à me retrouver.” Il évoque notamment des abus physiques et psychologiques, des dépendances et l’automutilation. Ces expériences nourrissent les thèmes de l’album : séparation, souffrance, perte de repères.

La pochette, en noir et blanc, met en scène un mandala et le symbole chinois 王, qui représente l’union entre le ciel, l’homme et la terre – une référence symbolique à la reconstruction intérieure esquissée tout au long du disque.

The Color Clear se referme sur Transparence, un titre lent et oppressant, dont le breakdown final reste l’un des moments les plus marquants de l’album.

À la fin de 2016, Reflections annonçait une pause d’une durée indéterminée. Le groupe est depuis revenu avec un nouvel album, mais The Color Clear demeure à ce jour l’un des chapitres les plus intenses et les plus singuliers de sa discographie.