Dans la cité chapelière, deux figures artistiques hors du commun se sont retrouvées, unies par une amitié rare et un même goût du beau.
Thomas Cambois, 56 ans, restaurateur de tableaux et portraitiste reconnu, a consacré sa vie à capter l’essence des grands maîtres. Sa copie de la Joconde, qui fit sensation dans le monde de l’art, témoigne de son talent pour approcher au plus près la vérité d’un visage.
À ses côtés, Ole Bendik Madso, 84 ans, Norvégien d’origine et installé à Espéraza depuis dix-huit ans, incarne l’esprit du voyage et de l’aventure.
Intellectuel, artiste polyvalent et défenseur passionné des arts, il sillonne la ville avec son chien Cléo, son éternel chapeau blanc, son foulard élégant et son scooter à trois roues. On le remarque instantanément : il est une figure à part entière d’Espéraza.
À l’approche de Noël, Thomas Cambois a offert à son ami un présent profond et symbolique : un portrait où se mêlent jeunesse éternelle et sagesse, gravité et malice. « J’espère avoir capturé sa grandeur et la subtilité malicieuse de son sourire, qui raconte tant de ses aventures » confie-t-il.
Pour lui, un portrait n’est jamais une simple ressemblance : c’est une présence, une émotion, un récit silencieux capable de révéler l’âme derrière le visage. La vie d’Ole Bendik Madso tient du roman d’aventures.
Fuir la guerre et l’ombre des nazis
Enfant, il fuit la guerre et l’ombre des nazis, traversant la mer du Nord depuis sa terre natale, bien au-delà du cercle polaire arctique. Secouru in extremis par la Royal Navy alors que le bateau de pêche qui l’emmenait vers le Royaume-Uni, via les Shetland, menaçait de couler, il découvre très tôt la fragilité et la force de la vie.
Plus tard, il se consacre au théâtre, à l’opéra, à la création de vitraux, à la littérature. Défenseur acharné des causes qui lui tiennent à cœur, son opposition à la chasse à la baleine et au phoque finit par le contraindre, lui et sa femme, à quitter la Norvège.
Aujourd’hui, il consigne ses souvenirs dans ses mémoires. Chaque geste, chaque audace, chaque rêve se lit dans son portrait : une œuvre vivante, entre mémoire et énergie, gravité et légèreté.
Meilleur portrait de l’année ?
Ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’Ole Bendik Madso est immortalisé par un artiste de renom. Il y a quelques jours, le journal Irish Sunday Independent consacrait un article au portraitiste irlandais Kenny McKendry, dont le portrait de M. Madso est exposé à la Galerie nationale d’Irlande.
McKendry, premier Irlandais admis au sein de la prestigieuse Royal society of portrait painters au Royaume-Uni, voit ce portrait concourir pour le prix du meilleur portrait de l’année. Une nouvelle qui pourrait intéresser les habitants d’Espéraza : McKendry a récemment acquis une maison dans la ville, qu’il compte aménager en atelier. Un talent de plus pour enrichir l’effervescence artistique locale.