« Nous nous étions, Marc et moi, jetés sur la peinture, mais la peinture seule ne nous suffisait pas. Ensuite j’eus l’idée d’un livre synthétique qui effacerait les vues courtes et périmées, ferait tomber les murs entre les arts… et démontrerait finalement que la question de l’art n’est pas une question de forme, mais de contenu artistique. » Dans l’Almanach du Blaue Reiter (Cavalier bleu en français) publié en 1912, Vassily Kandinsky (1866–1944) pose les fondements d’un grand mouvement avant-gardiste qui entend dépasser le matérialisme de l’ère industrielle et du capitalisme et en appelle à un « éveil de l’esprit » pour un art sans frontière dont le but ultime serait « la vibration de l’âme ».

Il en avait déjà théorisé les grandes lignes l’année précédente dans son ouvrage fondateur Du spirituel dans l’art et dans la peinture en particulier et fait la démonstration avec une première exposition, à Munich, également en 1911, où le public avait pu découvrir ses compagnons de route, ce groupe de cavaliers aux montures bleues comme leurs rêves, lancés à vive allure sur les chemins inconnus de la création. Avec en chefs de file Kandinsky et Franz Marc, entraînant dans leur folle épopée les expressionnistes August Macke, Alexej von Jawlensky, Gabriele Münter, Marianne von Werefkin, Paul Klee et Alfred Kubin.

« L’œuvre tout entière, celle que l’on nomme art, ne connaît ni peuple ni frontière mais seulement l’humanité. »

La joyeuse troupe fait souffler un vent de liberté décoiffant et euphorisant sur la création dont l’Almanach incarne l’idéalisme universel. En témoigne la préface de Marc et Kandinsky (celle-ci ne figurait pas dans l’édition de 1912 mais sera publiée en 1965), où ils affirment que « la nationalité, tout comme la personnalité, se reflète naturellement dans toute grande œuvre. Mais en dernier ressort, cette coloration est secondaire.

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