Arrivé à la tête du Rugby Club Toulon Provence Méditerranée «à la demande de [son] ami Éric Champ» dès la création du projet, en 2022, le coprésident du groupe de distribution de boissons Montaner-Pietrini, Jean-Pascal Montaner, veut faire du club varois une référence du rugby féminin de club dans l’Hexagone. Il assure même vouloir jouer le titre en Élite 1 «d’ici quatre à cinq ans».

Après trois ans de présidence, quel bilan dressez-vous?

Quand on a monté l’association, on s’était fixé un objectif sur trois ans. La première année, je voulais qu’on soit dans le dernier carré d’Élite 2. La deuxième, qu’on dispute au moins une finale. Et la troisième, il fallait monter. C’est ce qu’on a fait, mais ça, ce n’est que le premier étage de la fusée.

Qu’en est-il de la suite?

Moi, j’aime gagner, j’aime aller au bout des choses. Le deuxième étage de la fusée, sur trois à cinq ans, c’est de gagner le championnat d’Élite 1. Je ne m’engage pas pour végéter dans le ventre mou du championnat. Qu’on y arrive ou pas, je vais donner les moyens au club d’être champion de France, c’est clair.

Solène Dubus s’est engagée pour deux saisons avec le RCTPM.

Comment se prépare-t-on à ce grand saut en première division?

La première chose, c’est que j’ai créé à la hâte, au mois de juin, une SASP (société anonyme sportive professionnelle), puisque le rugby féminin est à la frontière entre le professionnalisme et l’amateurisme. On se rapproche fortement du professionnalisme, mais il nous manque encore de la notoriété pour permettre aux filles de devenir pleinement professionnelles.

Vous avez aussi rencontré des difficultés au niveau du recrutement…

C’est l’un des défis auxquels on a fait face. On est arrivés tard sur le marché des transferts, puisqu’on n’a su qu’on montait qu’à l’issue des phases finales (victoire contre La Rochelle fin mai, NDLR). Or, à cette période, la plupart des filles s’étaient déjà engagées pour la saison suivante. On avait des joueuses prêtes à nous rejoindre, mais qui avaient déjà signé ailleurs…

Il y a aussi le quota de joueuses étrangères (cinq maximums par équipe), qui n’existe pas en Élite 2…

On en a souffert aussi, c’est vrai. On a été obligés de réduire le nombre d’étrangères au club et, au final, on a même perdu en individualités. On a quand même réussi à faire un recrutement correct mais, cette année, même si on le savait, on bataille pour le maintien.

Que pensez-vous de cette règle?

Je milite pour un nombre d’étrangères déplafonné, tout en conservant, comme chez les garçons, un quota de Jiff (joueuses issues des filières de formation). Si vous voulez augmenter le niveau de notre championnat, sa visibilité et son attractivité, il faut débloquer ce quota. Il faut homogénéiser les débats, parce qu’aujourd’hui, la réalité, c’est qu’il y a deux championnats: un avec Toulouse, Clermont et Bordeaux, et un autre avec les sept autres équipes.

Certains diront que cela risque de réduire les opportunités pour les joueuses françaises…

Aujourd’hui, vous avez les trois « 10 » de l’équipe de France à Bordeaux et les trois numéros 9 au Stade toulousain. Certaines préfèrent ne pas jouer plutôt que de quitter ces clubs… Alors pourquoi ne pas faire comme les Anglaises? Les meilleures étrangères vont en Angleterre. Et qui est championne du monde? Ça ne les empêche pas d’avoir une sélection qui atomise toutes les équipes féminines du monde. Donc c’est un faux sujet.

Vous parliez de professionnalisation. Qu’en est-il de vos joueuses?

Elles sont toutes défrayées et certaines, notamment les étrangères ou nos meilleures joueuses, sont rémunérées par le club. Aujourd’hui, un salaire se situe entre 500 et 1 500 euros pour les mieux payées. Même si je remercie les institutionnels qui nous aident beaucoup, je le répète: pour que les clubs puissent mieux rémunérer les joueuses, cela passera encore une fois par l’audience. Il faut des rentrées d’argent, de la notoriété, du sponsoring, du mécénat, pour tendre vers une véritable professionnalisation.

En novembre, le club a changé de logo?

À la base du projet, il y avait quatre «clubs mères» : La Valette, La Seyne, Hyères/Carqueiranne/La Crau et Toulon. Nous avions donc intégré sur le logo les emblèmes de ces quatre clubs: le pont seynois, les palmiers hyérois, le Coudon valettois et le muguet toulonnais. Notre partenariat courait sur trois ans et s’est terminé en novembre.

Aujourd’hui, je suis autonome à 100 % et j’ai donc décidé de rendre le logo plus lisible. J’ai conservé le muguet, puisque le club s’appelle quand même Rugby Club Toulon Provence Méditerranée, et j’ai donné davantage de place à l’identité féminine du club.

Comment voyez-vous cette deuxième partie de saison?

Il faut que les filles jouent crânement leur chance. À part à Clermont, on n’a reculé contre personne. On a le niveau. Il faut juste qu’elles se lâchent, peu importe l’adversaire. Si on arrive à bien négocier les trois prochains matchs (réception de Lille et déplacements à Bordeaux et Blagnac, NDLR), ça ira.