Par
Amandine Vachez
Publié le
1 janv. 2026 à 18h10
C’est à chaque fois une surprise. Pour les visiteurs, qui (re) découvrent les œuvres d’art, mais aussi pour les spécialistes, au cours des chantiers. Plusieurs restaurations ont marqué l’année 2025 au Palais des Beaux-arts de Lille (Nord). Ce que ces ambitieux chantiers ont révélé comme secrets.
L’érection d’un mulet cachée lors d’une restauration
En amont du travail de restauration, minutieux, des études précises sont faites sur les œuvres concernées. Par exemple, certaines poteries très anciennes sont passées au scanner du CHU de Lille. Les images sont d’ailleurs montrées en salle d’exposition depuis mars dernier.
Cet examen a révélé de nombreux secrets sur l’histoire des pièces. Sur une amphore, on voit l’impact précis d’une chute, et les éléments ajoutés a posteriori. Une anse a aussi été ajoutée à une coupe, et des dessins ont parfois été modifiés. Sur une coupe, « Dionysos chevauche un mulet en érection. Ce dernier détail a été caché, ‘en tout cas pas restitué à la restauration’», indique Frédéric Mougenot, chargé des collections antiques.
De la cire utilisée sur un immense tableau de Puvis de Chavannes
Ce chantier a marqué les restauratrices qui ont travaillé dessus, mais aussi les visiteurs, puisqu’il est resté visible. En effet, le tableau Le Sommeil, de Puvis de Chavannes, mesurant 3,80 mètres par 6 mètres, est resté exposé pendant sa restauration. Il n’était pas possible de le transporter dans des ateliers. La peinture, très moderne pour son époque, a révélé de nombreuses lacunes et des fissures. Et surtout, que le peintre a utilisé de la cire. Un élément mis en exergue par l’étude minutieuse de l’œuvre qui n’avait pas été restaurée depuis les années 1990, et qui a eu un impact sur la manière de travailler des spécialistes.
Deux volets d’un retable sciés pour être exposés
Parmi les « révélations » qu’ont permises les restaurations d’œuvres d’art ces derniers mois au Palais des Beaux-arts : celle autour d’un retable allemand, dont les panneaux ont été remis dans la partie consacrée au Moyen-Âge et à la Renaissance. Quatre panneaux au total ont été restaurés, révélant une qualité technique impressionnante, sur la couche picturale. Mais surtout, le travail sur ces tableaux a montré que ces retables, dont il manque la caisse centrale, ont été sciés dans l’épaisseur pour être montrés dans leur totalité aux visiteurs. Un choix qui semble aberrant avec les connaissances acquises en 2025, d’autant qu’il a causé une détérioration accélérée du support en bois.
Six repeints qui ont caché la finesse d’une « pietà », retrouvée en réserve
Elle a été sauvée d’un danger de vandalisme dans les années 1980. La « pietà » de Bouvines a connu une restauration exceptionnelle, avant d’être ajoutée en décembre 2025 aux collections du musée. Si cette sculpture polychrome prend une grande partie de la lumière aujourd’hui, il a fallu un travail titanesque pour la révéler. Car elle est très longtemps restée dans l’église Saint-Pierre, souffrant des affres du temps et dont le support a été en partie dévoré par des insectes xylophages.
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Sous six repeints de peinture grossiers, ses couleurs ont été cachées, ainsi que la finesse des vêtements de la Vierge Marie, ou encore le sang coulant sur la représentation du Christ mort, dans ses bras. La jambe du Christ a d’ailleurs été refaite, et les restauratrices ont fait de nombreux choix difficiles pour respecter à la fois l’œuvre originale et son histoire.
De multiples étapes complètement invisibles et essentielles
En plus de la restauration de la partie visible de l’œuvre, qui bien souvent se voit à l’œil nu, les spécialistes travaillent aussi au renfort des supports. Cela permettre aux œuvres de perdurer dans le meilleur état possible, et aux gardiens de ces chefs-d’oeuvres du passé d’avoir assez d’informations pour assurer leur transport et leur conservation en toute sécurité. Un travail d’expert très poussé qui, à chaque nouvelle étape, a de quoi passionner bien au-delà des murs du musée !
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