Même si c’est l’île dans son entier qui a rejoint l’Union européenne (UE) lors du grand élargissement de 2004, Chypre est aussi le seul État membre dont les frontières sont contestées par un pays tiers, à savoir la Turquie. Le puissant voisin avait envahi l’île en 1974, après que des militaires putschistes chypriotes avaient cherché à rattacher leur pays, essentiellement hellénophone, à la Grèce des colonels.
Depuis 1983, la partie septentrionale du pays est occupée par la République turque de Chypre du Nord, uniquement reconnue par Ankara, qui y a posté 40 000 militaires. Lancé en 2004, au moment de l’adhésion de Chypre, le processus de réunification est toujours en cours, mais pas près d’aboutir. Un problème fondamental pour Chypre et un gros caillou dans la chaussure de l’Union.
L’Europe a fait ce qu’elle devait faire, comme elle devait le faireBudget, migration, défense, social…
C’est la seconde fois que Chypre prend les rênes de la présidence du Conseil, avec pour mission de faire avancer les dossiers législatifs, en amenant les États membres à trouver des positions communes, ainsi qu’en négociant avec le Parlement européen. Le gouvernement tripartite (conservateur, social-démocrate, centriste) dirigé par le président de la République Nikos Christoulidis entend que Chypre contribue, durant ces six mois, au renforcement de l’autonomie stratégique de l’Union européenne, dans un environnement géopolitique bouleversé et hostile. La Russie est une menace, les États-Unis de Donald Trump ne peuvent plus être considérés comme un partenaire fiable et les relations entre l’UE et la Chine ne sont pas au beau fixe, et Nicosie porte une grande attention à l’actualité tendue du (très) Proche-Orient.
Parmi les grands chantiers que la présidence chypriote devra faire avancer durant ce semestre, on trouve en effet les négociations du cadre budgétaire européen 2028-2034 (qui devrait atterrir sous présidence irlandaise), la mise en œuvre du Pacte migratoire ou encore l’avancement de la feuille de route sur la défense européenne – Chypre, pour rappel, est un pays neutre – et la poursuite du soutien à l’Ukraine agressée par la Russie. C’est aussi plus vraisemblablement sous présidence chypriote qu’il faudra trouver un accord à l’unanimité des Vingt-sept sur le vingtième paquet de sanctions contre la Russie. Et, peut-être trouver un consensus au Conseil pour adopter le traité commercial avec les pays du Mercosur.
Chypre veut aussi imprimer des accents sociaux à sa présidence, notamment en finalisant les négociations du règlement sur la coordination des systèmes européens de sécurité sociale.
La présidence chypriote annonce qu’environ 260 réunions se tiendront à Chypre, dont 27 de haut niveau, parmi lesquelles une réunion informelle des chefs d’État ou de gouvernement, au printemps, ainsi que 19 conseils ministériels informels.