Sommes-nous aussi « gagas » de nos animaux de compagnie que le sont nos voisins Anglais, premiers propriétaires de chiens en Europe occidentale ? Dans les foyers d’outre-Manche, au milieu des cadres photos représentant parents et enfants se trouve aussi le « pawtrait », mélange entre « paw » (« patte » en anglais) et « portrait », de Rex et Princess. À Shoreditch par exemple, dans l’est de Londres, les séances photo pour canidés, félins et autres boules de poils deviennent un vrai phénomène.
Devant les journalistes de The Economist, un Maltipoo (croisement entre un bichon maltais et un caniche) coiffé d’un collier de Noël, manque presque de tomber de son décor, mais pour sa propriétaire, la mésaventure de Storm valait le coup. Elle repart avec un cliché de son petit protégé, nez à nez avec un grand lapin. L’œuvre finira sur les réseaux sociaux.
En 2024, une enquête réalisée auprès de 2 000 propriétaires d’animaux de compagnie révélait que les Britanniques publient « trois fois plus de photos de leurs animaux de compagnie sur Instagram que de leurs partenaires, voire d’eux-mêmes ». Et chaque année, à l’approche de Noël, la demande pour des portraits professionnels, pas d’humains vous l’aurez compris, explose.
Un service de luxe
« Votre chien est-il prêt pour son gros plan ? », interroge un prospectus d’un pop-up store londonien, illustré d’un chihuahua vêtu d’un pull de Noël. Mais tous les photographes ne déguisent pas leurs clients à quatre pattes. Jon Mills, à la tête du studio Soul Dog dans le Sussex, décourage même les propriétaires d’apporter des tenues. « Je ne jure que par les chiens nus », explique-t-il à l’hebdomadaire britannique. Pas de costumes ne veut toutefois pas dire « pas d’originalité ».
Séances en extérieur, prises de vues devant les plus grands monuments de la capitale et même location d’un taxi pour la journée… Pawtiqe promet aux maîtres et maîtresses « une étude irrévérencieuse de l’art d’être simplement un chien ». Chez Paws Célèbre, on finit même par admirer les tirages avec des gants blancs, comme pour un tableau.
Une tendance sociale reflétée à travers cette passion
Ce n’est pas un hasard si les « pet parents », ou « parents d’animaux de compagnie », comme beaucoup insistent pour se nommer, deviennent de plus en plus aisés. En 2025, environ 49 % des nouveaux propriétaires de chats sont des cadres ou autres professionnels à responsabilité, alors que ce groupe ne représente que 23 % de la population, note The Economist.
Alors qu’environ 16 % des propriétaires de chiens et chats ont créé un profil sur les réseaux sociaux pour leur bien-aimé, une nouvelle enquête dévoile que ce pourcentage est encore plus élevé à Kensington et Chelsea, l’arrondissement le plus chic de Londres (30 %), qu’à Blackpool, moins aisé (8 %).
Si certains peuvent être tentés par cette vocation visiblement pleine d’avenir, il faut savoir que la photographie animalière n’est pas pour les timides. Stoyo Gerov, qui dirige Pawshot Studios (et propose le service de taxis), se souvient s’être fait une petite frayeur : « Pour la photo signature avec des friandises, un loup tchécoslovaque nommé Wulrick a raté la croquette lancée en l’air et m’a touché la tête avec ses crocs. Heureusement, il était assez intelligent pour ne pas serrer. » Chat-pristi !