« Mon premier souvenir de Rennes est un peu étrange, mais il est gravé en moi. Toute mon enfance, mes grands-parents m’ont parlé de cette ville. Pendant la Seconde guerre mondiale, repoussés par les Allemands, ils ont marché jusqu’ici, avec leurs deux enfants, depuis Cambrai, dans le Nord, où je suis né. Ma grand-mère Amélie m’évoquait souvent le grand mur d’enceinte de la prison des femmes, près duquel ils logeaient.
Les premiers pas à Rennes
Lorsqu’en 1981, j’ai posé mes valises à Rennes, c’était comme un retour à quelque chose de familier. Dès 23 ans, je travaillais en tant que directeur artistique pour l’agence de pub Havas à Lille. « Jeune et plein d’avenir », on m’a proposé de lancer une filiale dans l’Ouest.
Je me souviens encore de mon arrivée à la gare. Il pleuvait. Mais il pleuvait… J’avais l’impression que le ciel était plus gris qu’à Lille. Un crachin breton finalement. J’ai pris la décision de remonter vers le centre-ville en passant par les rues piétonnes. Et là… Rien. Personne. Le silence. Une ville quasiment déserte. Je me suis demandé si je n’avais pas fait une erreur.
À mesure de ma progression vers le centre-ville, mon sentiment a changé. Je me suis assis au bar La Chope, où j’ai trouvé une brasserie populaire et chaleureuse. En arrivant place Sainte-Anne, j’ai découvert une ambiance animée. Je me suis senti chez moi. Ces premières impressions ont à nouveau résonné lorsque, 25 ans plus tard, j’ai installé un carrousel sur cette place.
« Comment je suis devenu rennais », un dossier à retrouver dans le Mensuel de Rennes de janvier
Chaque année, des milliers de personnes s’installent à Rennes. Comment devient-on pleinement membre de la cité ? Des personnalités de la ville, qui furent un jour de nouveaux arrivants, livrent au Mensuel de Rennes le récit intime de leur parcours d’habitant, du tout premier jour à aujourd’hui. À retrouver dans les kiosques ce vendredi 2 janvier.
Mes souvenirs les plus marquants
Le Grand Huit, où Régis Masclet expose sa collection de manèges tout en proposant une offre de bar, a ouvert près de la gare de Rennes en 2023. (David Brunet)
Le meilleur et le pire moment de ma vie à Rennes viennent du même événement. En 2011, avec mes deux fils, nous avons installé nos manèges au parc des expositions. Un moment qui a viré au cauchemar.
Les forains installés sur l’esplanade Charles-De Gaulle n’ont pas compris ma démarche. Ils m’ont intimé l’ordre d’arrêter l’activité, ce qu’on a été obligé de faire avec une grande tristesse. Ma seule envie était de faire revivre le patrimoine forain. Mais finalement ça a été un mal pour un bien. Cela m’a donné un nouvel élan, fortifié par un énorme soutien des Rennais.
Je me sens pleinement rennais
Aujourd’hui, tout s’est apaisé. Mes amis forains viennent au Grand Huit découvrir nos manèges. Et je continue à me balader dans les allées lumineuses de la fête foraine. Un vrai plaisir, même si je regrette la poésie des manèges d’antan.
Ce que la ville m’a apporté
Depuis mon enfance j’ai toujours été passionné par les ducasses (fêtes foraines) du Nord dont mon grand-père était le président. Pendant longtemps, j’ai caché cette passion par peur qu’on me prenne pour un enfant refusant de grandir. À Rennes, j’ai rencontré des gens qui m’ont compris et soutenu.
40 ans après mon arrivée, je me sens pleinement Rennais. Mais j’ai toujours un lien particulier avec Cambrai. Mais, quand je retourne là-bas, j’ai l’impression de ne plus connaître grand monde. Rennes continue de me donner l’impression d’être un grand village où tout le monde se croise. Depuis mon arrivée, certaines choses ont changé, c’est évident. Ce que je veux retenir, c’est l’image positive de cette ville qui m’a accueilli.