MONTRÉAL – Lors d’une visite au Centre Bell, plus tôt cette saison, Bill Guerin assis à ma gauche sur la galerie de presse avait un œil sur son cellulaire et un autre sur la patinoire.

Cole Caufield, que le directeur général du Wild du Minnesota et surtout de l’équipe américaine qui tentera de ravir la médaille d’or au Canada lors des Jeux de Milan-Cortina devait avoir à l’œil, tournoyait en zone ennemie avant de décocher un tir vif. En plein le genre de poussée, en plein le genre de tir qui caractérise le meilleur franc-tireur du Canadien. L’un des meilleurs francs-tireurs américains dans la LNH. En plein le genre de poussée et de tir qui ont permis à Caufield d’amorcer la remontée de troisième période qui a transformé un recul de 0-2 du Canadien en victoire de 3-2 arrachée en prolongation aux dépens des Panthers, mardi, en Floride.

Caufield n’avait pas marqué sur la séquence. Mais comme il était clair, du moins dans ma tête, que Guerin devait certainement l’avoir dans sa mire, tout comme le défenseur Lane Hutson, je me suis permis de lui lancer – comme si je croyais lui apprendre quelque chose – que Caufield était un redoutable franc-tireur.

Avec le même air intimidant qui lui a permis de connaître une brillante carrière de 18 saisons dans la LNH, Guerin s’était à peine retourné pour répondre : « Je le sais très bien! »

Guerin avait ensuite esquissé un sourire avant d’ajouter : « n’oublie pas une chose : ce n’est pas avec un club étoile que les USA débarqueront à Milan, ce sera avec la meilleure équipe possible. »

Cette phrase ne minait pas nécessairement les chances de Caufield ou de Hutson. Ça non!

Mais elle moussait grandement les chances des J.T. Miller, Brock Nelson et Vincent Trocheck à l’attaque. Les chances d’un gars comme Seth Jones qui a grandement contribué à la deuxième conquête consécutive de la coupe Stanley des Panthers de la Floride le printemps dernier, à la ligne bleue.

Miller et Trocheck, qui connaissent une saison difficile à l’image de celle des Rangers, profitent toujours d’une réputation plus que favorable chez les Américains. Une réputation trop favorable? Peut-être. On le saura dans un mois.

Mais ils sont capables de contribuer aux succès de leur équipe de bien des façons. Ils sont polyvalents. Ils ont du caractère. Ils sont capables de donner beaucoup plus que ce qu’ils ont donné jusqu’ici aux Rangers.

Mike Sullivan, l’entraîneur-chef de Team USA, est peut-être le mieux placé pour en être convaincu, car il suit ces deux joueurs au quotidien à titre d’entraîneur-chef des Blue Shirts.

Ce qui est vrai pour Miller et Trocheck l’est plus encore pour Brock Nelson. Un gars 100 fois plus efficace que spectaculaire. Le gars que l’Avalanche, la meilleure équipe de la LNH, a identifié l’an dernier, pour venir appuyer Nathan MacKinnon au Colorado.

Il y a quelques semaines, Guerin a donné une autre indication claire pour guider ceux et celles qui rivalisaient avec lui dans la composition de l’Équipe américaine dont la sélection a été officialisée vendredi matin : « Si tu n’es pas en mesure de t’imposer physiquement sur la patinoire, de donner et d’encaisser des mises en échec, tu ne défendras pas les couleurs des USA. »

Bill Guerin a tenu sa parole.

Cela explique un brin pourquoi Cole Caufield a été écarté de la sélection finale des 14 attaquants choisis par Guerin. Pourquoi Lane Hutson sera en vacances et non à Milan pour le tournoi olympique.

À moins que des blessures ne leur ouvrent la porte du vestiaire de l’équipe américaine. Ce qui est toujours possible.

Injustice, vraiment?

Cole Caufield espérait sans l’ombre d’un doute un cadeau d’anniversaire beaucoup plus satisfaisant que son exclusion par Bill Guerin. Fort des 20 buts et 40 points qu’il revendique, Caufield a toutes les raisons au monde d’être déçu.

Les partisans du Canadien aussi.

Mais s’agit-il vraiment d’une grande injustice?

Jason Robertson et les partisans des Stars de Dallas ont bien plus de raisons de crier à l’injustice, du moins statistiquement, quand on considère que le petit ailier gauche est le meilleur pointeur des Américains évoluant dans la LNH jusqu’ici cette saison (48 points), qu’il occupe le 2e rang avec 24 buts – Matt Boldy est premier avec 25 – et le deuxième avec un différentiel de plus 14.

Au-delà de ses statistiques éloquentes, Robertson est associé à une réputation de s’effacer un brin quand l’intensité monte en flèche sur la patinoire. Une intensité qui dépassera les sommets des Dolomites lorsque le Canada et les États-Unis se croiseront dans un éventuel match de la médaille d’or.

Autre détail important, des 13 attaquants qui ont défendu les couleurs des USA à la Confrontation des quatre nations, Chris Kreider est le seul qui ne sera pas à Milan.

Et comme les Américains ont perdu en prolongation lors du match décisif face au Canada après que Jordan Binnington eut réalisé de très gros arrêts aux dépens d’Auston Matthews, Guerin et l’état-major de Team USA ont toutes les raisons de croire que les attaquants qui sont passés si proches il y a 11 mois, pourront franchir la dernière étape dans un mois.

Pourquoi avoir préféré Tage Thompson et Clayton Keller à Caufield et Roberston pour compléter le groupe d’attaquants qui passera à 14 pour les JO?

Thompson avait une longueur d’avance alors que c’est vers lui que Guerin s’est tourné pour lancer un s.o.s. lors de la Confrontation des quatre nations en février dernier.

Thompson a aussi joué un rôle de premier plan le printemps dernier au Championnat du monde. Il a d’ailleurs marqué le but en or – en prolongation – qui a permis aux USA de recevoir la médaille d’or dans cette compétition pour la première fois en 92 ans. Et qui était son principal complice le printemps dernier? Clayton Keller!

Là encore, Bill Guerin a tenu parole alors qu’il avait déjà affirmé avec conviction que les joueurs qui acceptaient de défendre les couleurs des USA sur la scène internationale moussaient leurs chances d’être invités aux Jeux olympiques.

Caufield a accepté cette invitation en 2024, mais il l’a rejeté le printemps dernier. Est-ce que cela lui a nui? Ça ne l’a certainement pas aidé…

Jones préféré à Hutson

Le retour en santé de Quinn Hughes – il a raté la Confrontation des quatre nations à cause d’une blessure – a miné les chances de Lane Hutson de prendre part aux Jeux olympiques de Milan.

Car après avoir exclu Adam Fox de son équipe, Bill Guerin a favorisé Seth Jones au défenseur du Canadien. Il est impossible de tracer quelque comparaison que ce soit entre les deux joueurs. Hutson est tout en finesse. Tout en talent. Alors que Jones est un défenseur format géant dont la contribution sur le plan physique a grandement milité en sa faveur.

On pourrait – et ce sera fait sur toutes les tribunes – prétendre que la candidature de Lane Hutson a autant de valeur, peut-être plus, que celles de Jake Sanderson des Sénateurs d’Ottawa et de Brock Faber, du Wild du Minnesota.

Mais Bill Guerin qui a marqué 429 buts à titre d’attaquant de puissance, récolté 856 points et surtout passé 1660 minutes au banc des pénalités a toujours insisté sur l’importance de sélectionner des joueurs qui étaient en mesure de donner aux USA, le genre d’implication globale qu’il a toujours donné au fil de sa carrière.

Là encore, il a tenu parole.

Est-ce qu’il a eu raison? Est-ce qu’il a eu tort?

Le match de médaille d’or répondra à cette question. Car pour Bill Guerin et les membres de son état-major, comme pour Doug Armstrong et Hockey-Canada, la médaille d’or sera le seul baromètre de succès aux prochains Jeux olympiques. Une médaille d’argent sera synonyme d’échec pour les deux pays. Et bien qu’on gagne une médaille de bronze, cette victoire serait sans saveur aucune.

Une exclusion du podium?

Une catastrophe, rien de moins!

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