La sécurité nationale en Pologne devient une priorité face à la menace d’une guerre hybride. Une nouvelle loi impose des abris anti-bombes dans les constructions neuves. Varsovie fortifie son métro pour protéger 100 000 habitants.
La Pologne aborde 2026 sur le fil du rasoir. Jamais depuis la fin de la Guerre froide le pays ne s’était senti aussi proche du danger. Devenue la cible privilégiée d’une guerre hybride orchestrée par Moscou, Varsovie se prépare désormais à l’impensable : protéger sa population comme en temps de guerre.
Le gouvernement polonais a fait du renforcement de la sécurité nationale une priorité absolue. Selon le Financial Times, une nouvelle loi oblige, dès cette année, les promoteurs immobiliers à intégrer des abris anti-bombes dans la majorité des nouveaux bâtiments.
Un pays particulièrement menacé
Pour cause, ces derniers mois ont profondément ébranlé le pays. En novembre, un attentat à la bombe imputé à un réseau pro-russe a été déjoué de justesse. Deux mois plus tôt, des avions de chasse de l’OTAN avaient abattu des drones russes violant l’espace aérien polonais.
Malgré un budget militaire record (environ 5 % du PIB, l’un des plus élevés de l’Europe), la Pologne comprend qu’elle a trop longtemps concentré ses efforts sur la modernisation de ses armements, au détriment de la protection de sa population. La plupart des abris encore en place sur le territoire datent de l’ère soviétique et sont obsolètes. « C’est un problème colossal », admet Slawomir Cenckiewicz, directeur du Bureau de la sécurité nationale et proche conseiller du président Karol Nawrocki. « Nous devons apprendre à penser la défense civile comme une composante stratégique de la sécurité nationale ».
La Pologne veut s’inspirer de la Finlande
Le gouvernement de Donald Tusk, Premier ministre polonais, ne veut plus perdre de temps. Un fonds exceptionnel de 3,8 milliards d’euros a été débloqué pour accélérer la construction de centres d’hébergement d’urgence et de refuges urbains. Les grandes métropoles se mobilisent aussi.
À Varsovie, le maire a annoncé un projet d’ampleur : fortifier le métro pour le transformer en abri géant capable d’accueillir jusqu’à 100 000 habitants. Dans ces stations converties en refuges, les citoyens disposeront de lits de camp, de réserves d’eau, de générateurs électriques et de matériel médical. Des exercices d’évacuation sont d’ailleurs prévus dès le printemps pour familiariser la population avec ces dispositifs.
La Pologne entend s’inspirer de la Finlande, le pays de l’OTAN ayant la plus longue frontière commune avec la Russie. À Helsinki, 50 000 abris antiatomiques couvrent plus de 80 % de la population. En Pologne, à peine 3 % des habitants pourraient actuellement être protégés en cas de frappe majeure.
L’idée d’un retour du service militaire obligatoire, longtemps inimaginable, refait également surface. Près de 60 % des Polonais y sont désormais favorables, selon un sondage United Surveys réalisé en décembre.