« Je suis rentrée dans l’appartement le 21 novembre. Cela change la vie. Déjà parce que j’ai pas mal d’espace. Ce n’était pas facile de vivre en fauteuil roulant dans un 20 mètres carrés étroit. » Son nouveau logement est labellisé Cap’Autonomie. Il ressemble à un appartement ordinaire, mais à bien y regarder… Les fenêtres se prolongent jusqu’à proximité du sol, évitant à l’occupant en fauteuil de se retrouver face à un mur. À la porte, un judas est placé en position basse. Les détecteurs de fumées se pilotent depuis un module fixé au mur. Autant de détails qui n’en sont pas pour les personnes à mobilité réduite. « Ce qui change vraiment la vie, c’est d’avoir des portes d’immeubles et des accès entièrement automatisées », déroule Émilie Noë Scouarnec.

Gain de cause au tribunal

La jeune femme, aujourd’hui psychologue dans le privé, avait médiatisé son cas à la fin de l’été 2025. Elle s’était retrouvée dans une position impossible, alors qu’elle n’avait pas de visibilité sur l’obtention d’un logement social. Émilie Noë Scouarnec assurait avoir été rassurée – de vive voix – par le Crous de Bordeaux sur la possibilité de rester dans les locaux. Mais le Crous lui a finalement indiqué qu’elle ne pouvait pas rester dans son appartement, n’étant plus étudiante. Une procédure d’expulsion était engagée, même si – dans un courrier – le Crous évoquait la possibilité qu’un juge puisse différer la mesure.

Finalement, Émilie Noë Scouarnec a obtenu, fin septembre, un jugement favorable du tribunal administratif. Celui-ci lui permettait de rester dans l’appartement du Crous en attendant de rejoindre son futur appartement. Car entre-temps, la jeune femme a eu un retour du Droit au logement opposable (Dalo), qui lui attribuait un logement. Mais celui-ci était en attente de livraison pour la fin d’année.

Ces péripéties administratives auront eu des conséquences pour Émilie Noë Scouarnec. Son loyer du Crous a été revalorisé de 25 %, comme le permet le règlement du Crous de Bordeaux en cas d’occupation sans droits ni titres. « J’ai été déclarée comme n’étant plus occupante du Crous. J’ai donc perdu mes APL », précise également la jeune femme. Elle s’est également vue retirer une majoration d’autonomie, somme allouée sous condition de toucher… les APL. « J’ai dû emprunter environ 1 000 euros pour assumer ces charges », résume Émilie Noë Scouarnec.

Bordeaux plutôt accessible

Mais la jeune psychologue originaire de Normandie préfère se souvenir des relais et des soutiens qui se sont activés. Elle a notamment pu échanger avec l’adjoint municipal au handicap Olivier Escots, qui a pu appuyer son dossier. « Même si ce n’est visiblement pas ce qui m’a permis d’avoir cet appartement, cela m’a offert une écoute pour faire connaître ma situation. J’ai pu échanger avec cet adjoint, qui m’a questionnée sur l’accessibilité globale de la commune. Je lui ai répondu que je trouvais que Bordeaux s’en sortait plutôt bien. Je n’ai jamais eu trop de difficultés. Je peux dire cela car j’ai été confrontée à des situations très difficiles dans d’autres communes, hors du département. »

« C’est super d’avoir pu rester à proximité du centre-ville. Je n’ai pas été obligée de changer de médecin, ni de pharmacie »

Émilie Noë Scouarnec a appris, au passage, que les personnes ayant un taux d’incapacité supérieur ou égal à 50 % peuvent bénéficier de la gratuité sur le réseau TBM. « C’est une bonne chose. Mais j’ai l’impression que ce n’est pas bien connu. Je pourrais en profiter, mais dans un an. Car j’ai déjà renouvelé mon abonnement. »