Par

Antoine Grotteria

Publié le

3 janv. 2026 à 18h42

Des milliers de kilomètres et un océan séparent Paris du Venezuela. Mais la distance n’efface pas l’amour que ressent Xiaomara pour les siens. Alors, quand cette femme, qui réside à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), a appris au réveil de ce samedi 3 janvier 2026 que son pays natal était le théâtre de plusieurs explosions résultant de frappes revendiquées par les États-Unis, elle a rapidement saisi son téléphone pour s’enquérir de la santé de sa famille. « J’ai pu échanger avec eux sur WhatsApp. Mon neveu, qui habite près de l’aéroport de Caracas (la capitale, NDLR), a vu et entendu les bombardements. Je suis inquiète, même si mes proches vont bien », témoigne auprès d’actu Paris l’administratrice du groupe « Maison Venezuela à Paris » sur Facebook, une plateforme qui promeut les échanges culturels entre ce pays d’Amérique latine et la France. Comme elle, la diaspora basée à Paris est noyée dans un océan d’incertitudes. Entre angoisses et espoirs.

« C’est triste, mais ce n’est pas étonnant »

Alors que les relations entre Washington et Caracas s’envenimaient depuis plusieurs mois, la traduction militaire quasi inévitable s’est déroulée la nuit dernière. Vers 1h30, plusieurs explosions ont retenti à divers endroits de la République bolivarienne. Il n’a pas fallu longtemps au président américain Donald Trump pour confirmer le lancement d’une attaque de « grande envergure » matérialisée par la capture et l’exfiltration de son homologue vénézuélien Nicolas Maduro, fustigée par plusieurs nations européennes dont la France.

Ce scénario, Leonardo reconnaît l’avoir imaginé. « C’est triste, mais ce n’est pas étonnant », admet-il par téléphone à actu Paris. À 33 ans, ce gérant du restaurant Barepa (17e) fait partie des quelques membres de sa famille à avoir quitté le pays, asphyxié par une crise économique sans fin depuis le début des années 2010, mû par ses aspirations à un meilleur avenir.

Fataliste, il n’en demeure pas moins préoccupé. Et ce, même si ses proches n’ont pas été victimes des bombardements.

« J’ai parlé à mon père durant 30 minutes. Il va bien, comme tous les membres de ma famille. Mais j’ai peur pour les miens, car on ne sait pas comment les choses vont évoluer »

Leonardo
Vénézuélien de Paris

Des échanges par Internet

Si l’horizon à courte vue se révèle bouché, les émigrés se rassurent comme ils peuvent. « Internet fonctionne et les communications ne sont pas toutes coupées », fait savoir Xiaomara. Un état précaire qui leur permet de maintenir le lien avec ceux qui « sont confinés », précise-t-elle. Un privilège, aussi, dont ne peuvent pas bénéficier les Vénézuéliens résidant dans les quartiers les plus pauvres.

« Selon ma sœur, qui habite derrière le palais présidentiel, il n’y a pas d’électricité à plusieurs endroits de Caracas. Je pense à tout le peuple vénézuélien en ce moment, » clame Xiaomara. Son affliction s’accompagne d’une conviction, plus politique. « Les Vénézuéliens peuvent être contents que le régime soit ébranlé de la sorte », insiste celle qui a émigré dans l’Hexagone au début des années 1990.

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Elle se souvient de son dernier voyage à Caracas, il y a douze ans, lorsque les autorités ont « menacé » son fils à l’aéroport après que ce dernier a montré un « tampon américain ». « Ce sont des bandits qui vous demandent de l’argent pour éviter que vous n’alliez en prison », dénonce-t-elle.

Une petite communauté à Paris

De son côté, Leonardo se refuse à tout commentaire « politique ». « Je veux juste que les gens puissent vivre dans la dignité et puissent créer les conditions de leur réussite », déclare-t-il. Un souhait qui sonne comme un mantra pour les 7,9 millions de Vénézuéliens qui ont fui le pays, selon les données fournies en 2024 par l’Organisation internationale des migrations (Oim).

Pour eux, l’Hexagone est loin de représenter la première destination européenne. En 2017, avant l’aggravation du contexte économique, 7 700 Vénézuéliens avaient émigré en France -d’après l’Insee– un chiffre très éloigné du contingent brésilien, haïtien ou encore américain. « On est une petite communauté à Paris, mais on est très soudés, surtout entre commerçants », résume Leonardo.

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