Thibaut, 25 ans, s’est retrouvé sans solution de logement, contraint de dormir dans sa voiture.

Thibaut, 25 ans, s’est retrouvé sans solution de logement, contraint de dormir dans sa voiture.

V. T.

« Je ne savais pas où aller. On ne sait pas vers qui se tourner dans cette situation. » Alors il a enclenché ce qu’il appelle « le mode survie ». À l’arrière de sa voiture, banquette couchée, il se fait un nid. Pour dormir, il empile les couches : deux joggings, pull et manteau, deux couettes. Il découvre le sommeil haché par le froid et la peur : « Je n’ai jamais dormi plus de quatre heures d’affilée. » Pour se réchauffer, il allume la voiture – « mais il faut économiser l’essence » – ou sort « faire les 100 pas ».

L’hygiène et la honte

Un cercle vicieux tant la fatigue s’accumule. « Plus il y a de fatigue, moins on réfléchit. » Il mange ce qu’il peut avec ce qu’il lui reste sur le compte et un peu d’aide d’amis ou de famille. « Il n’y avait qu’un repas par jour, et par moments je ne mangeais pas. »

Il cherche du chaud dans les allées du Leclerc, profite des toilettes des magasins, y remplit quelques bouteilles d’eau et y fait un minimum de toilette. Loin d’être suffisant : « Ma plus longue période sans douche a été du 3 au 15 décembre. On a du déo ou du parfum, mais ça ne couvre pas toutes les odeurs. » Avec les odeurs vient « énormément de honte » d’être dans cette situation. Et des difficultés à en parler : « Les gens qui n’ont rien, on garde tout pour nous, on remet toute notre vie en question. »

« C’est un enchaînement de situations de la vie qui fait que l’on tombe et que la pente est longue à remonter »

Thibaut se confie sans fard « parce que je veux que les gens se rendent compte que ce n’est pas notre faute ». Il porte un gros pull à capuche et une veste en polaire par-dessus qu’il ne prend pas tout de suite la peine de fermer, malgré le froid humide qui s’infiltre partout ce vendredi 2 janvier au matin. Il a la voix éraillée et un sourire jamais loin. La cigarette non plus, comme en témoignent ses doigts jaunis.

« Remonter la pente »

« C’est un enchaînement de situations de la vie qui fait que l’on tombe et que la pente est longue à remonter. » Difficultés familiales, harcèlement au collège, dépression, adolescence en foyer, alcool et cannabis pendant un temps, rupture amoureuse. Sa liste est longue. « Ça fait mal moralement, mais ça forge aussi. La haine qu’on a de tout ça force à ne pas baisser les bras. »

Il voit en ce début d’année une note d’espoir. Depuis trois jours, il dort au chaud chez des amis puis rejoindra une colocation dénichée par l’association Envole toit Sud-Gironde, qui vient en aide aux personnes sans abri – « ici, il n’y a pas de solutions d’hébergement d’urgence à part avec eux », explique-t-il, ayant lui-même mis du temps à trouver le bon interlocuteur par l’intermédiaire de la Mission locale.

Son plus grand espoir, surtout, vient des deux entretiens d’embauche qu’il a passé pour travailler dans la grande distribution. Avec les 67 centimes qu’il lui reste sur le compte, envisager un smic est « un rêve ». « Pour moi, le plus important, malgré le froid, c’est le travail. » Cette première étape qui lui permettrait « de remonter la pente ».