Après presque deux ans de restauration, le tryptique de Moulins est à nouveau visible. Le tableau, peint aux environs de l’année 1 500, est la pièce maitresse d’une exposition consacrée au peintre Jean Hey au musée du Louvre à Paris. Elle présente plusieurs de ses œuvres.
C’est l’un des tableaux parmi les plus prodigieux de la fin du XVe siècle. Il a été peint pour éblouir les croyants. Aujourd’hui encore, l’effet produit est impressionnant. “C’est magnifique. Tous les détails m’ébahissent”, se réjouit une amatrice d’art. Un visiteur ajoute : “Je n’en avais vu que des photos sur des dépliants du Louvre, mais je savais qu’il fallait qu’on vienne le voir”. “On redécouvre vraiment les couleurs, notamment derrière la Vierge, qui sont exceptionnelles, et surtout les détails des vêtements”, renchérit un autre. “Ces couleurs, c’est paradisiaque, c’est magnifique”, entend-on aux abords du tableau.
L’œuvre du “Maître de Moulins” exposée au Louvre à Paris
Le triptyque du maître de Moulins, Jean Hey est exposé pour la première fois au Louvre, aux côtés d’autres œuvres du peintre. Sophie Caron, conservatrice au département des peintures au musée du Louvre, explique : “Au musée du Louvre est conservée la collection la plus importante d’œuvres de ce peintre, le maître de Moulins, autrement dit Jean Hey. On parle de cinq peintures, un dessin et trois sculptures. Ça peut paraître pas énorme, mais pour un peintre du XVe siècle, c’est déjà très conséquent.”
L’artiste Jean Hey réalisait aussi des sculptures. © France Télévisions – FTV
Le tableau est un retable sur bois réalisé vers 1 500 pour les Ducs de Bourbon Pierre II, représenté sur la partie gauche, et Anne de France sur la partie droite. Au centre, une vierge en majesté, au dos des deux panneaux latéraux, des grisailles. “Jean Hey, c’était le peintre des ducs de Bourbon. C’était très probablement un Flamand, qui s’est formé dans l’atelier d’un grand peintre qui travaillait à Gand dans la deuxième moitié du XVe siècle, qui s’appelait Hugo van der Goes. C’est un peintre immense qui a apporté beaucoup d’innovations, notamment dans l’expression des sentiments religieux”, décrit Philippe Lorentz, professeur en histoire de l’art médiéval à Sorbonne Université.
Le tableau très coloré rencontre un vif succès. © France Télévisions – FTV
Entre 2019 et 2022, le triptyque a fait l’objet d’études poussées et d’analyses approfondies, puis les équipes de restauration se sont mises au travail. Des interventions réversibles. “On utilise des matériaux qui sont de nature différente des matériaux d’origine et qui peuvent dans tous les cas être retirés. Une intervention de conservation en restauration s’inscrit dans son temps. C’est vraiment une démarche culturelle et on ne peut pas savoir si, dans 100 ans, la démarche ne sera pas différente”, explique Dominique Marcos-Levif, ingénieure d’études au C2RMF chargée du pilotage de la restauration.
Une œuvre « très fine »
Pas moins de 24 mois de travail et 290 000 euros investis afin de permettre la redécouverte d’une œuvre majeure de cette époque charnière, entre la fin du gothique et le début de la Renaissance. “C’est une œuvre majeure par sa dimension, par sa finesse d’exécution. Quand on regarde le modelé des visages ou les détails des vêtements, on a vraiment une œuvre très fine et on sent que ce sont les prémices de la Renaissance. L’artiste a vraiment une volonté de représenter ça de manière très réaliste”, affirme Grégoire Chalier, conservateur adjoint des monuments historiques à la DRAC Auvergne Rhône-Alpes. Le tableau va rester au Louvre jusqu’à la fin du mois d’août 2026.
Il sera ensuite exposé au monastère royal de Brou avant de retourner à Moulins, d’abord au musée Anne de Beaujeu et enfin dans la cathédrale de l’Annonciation.
-Article rédigé à partir du reportage de Christian Darneuville et Bruno Livertoux pour France 3 Auvergne