L’aide humanitaire devrait être sanctuarisée et non instrumentalisée. C’est pourquoi on ne peut que condamner le coup porté par les autorités israéliennes au travail d’organisations non gouvernementales (ONG) internationales qui pallient depuis des mois à Gaza, dans des conditions dramatiques, le renoncement de l’Etat hébreu à ses devoirs de puissance occupante.

Lire aussi | Article réservé à nos abonnés Israël porte un coup d’arrêt au travail des ONG humanitaires en Palestine occupée

Lire plus tard

Depuis les massacres du 7-Octobre perpétrés par le Hamas et l’anéantissement des infrastructures civiles par l’armée israélienne, ces ONG, dont 37 sont interdites d’activité depuis le 1er janvier, ont contribué à nourrir et à soigner plus de 2 millions de personnes. Elles ont évité le pire par un dévouement extrême que plus de 500 travailleurs humanitaires ont payé de leur vie, victimes des bombardements israéliens comme des dizaines de milliers d’enfants, de femmes et de personnes âgées.

Les organisations non gouvernementales visées, à commencer par Médecins sans frontières, n’ont rien à prouver depuis longtemps en matière d’éthique et de professionnalisme. Mais elles sont la cible d’autorités qui s’affranchissent toujours plus des normes respectées par les Etats démocratiques lorsqu’il s’agit des territoires palestiniens. Les raisons avancées pour justifier les refus d’accréditation vont d’accusations vagues de compromission avec le terrorisme à la critique des termes utilisées par ces ONG pour décrire la situation à laquelle elles sont confrontées à Gaza, créée de toutes pièces par Israël. Après le contrôle drastique d’une aide qui arrive à grand-peine alors que l’hiver fait rage, l’urgence pour le gouvernement israélien est donc la police des mots.

Fuite en avant de l’Etat hébreu

L’offensive contre les ONG constitue une nouvelle étape dans l’étranglement de l’aide internationale, après l’interdiction des activités de l’agence des Nations unies consacrée aux réfugiés palestiniens, votée à une écrasante majorité à la Knesset il y a plus d’un an. Une telle décision s’inscrit aussi dans la volonté de soustraire aux regards ce qui se passe à Gaza, où l’accès de la presse internationale reste interdit en dépit du cessez-le-feu instauré en octobre 2025. L’arrêt presque total des combats dans l’étroite bande de terre a certes mis fin à un épouvantable bain de sang. Rien ne permet en revanche d’envisager un début de reconstruction qu’Israël entend faire financer par d’autres tout en maintenant sa férule sur un territoire sous blocus depuis près de deux décennies.

Des patients palestiniens attendent d’être examinés à la clinique de Médecins sans frontières, dans le quartier d’Al-Rimal, à Gaza, le 31 décembre 2025. Des patients palestiniens attendent d’être examinés à la clinique de Médecins sans frontières, dans le quartier d’Al-Rimal, à Gaza, le 31 décembre 2025. OMAR AL-QATTAA / AFP

La fuite en avant de l’Etat hébreu depuis plus de deux ans, à Gaza comme en Cisjordanie, alimente des critiques virulentes que le gouvernement de Benyamin Nétanyahou, le plus à droite de l’histoire du pays, tente de faire taire en agitant des accusations d’antisémitisme. Il faut donc rappeler que l’on peut dénoncer ce qui se passe à Gaza sans remettre en cause la légitimité d’Israël. Et que cette légitimité serait au contraire renforcée par le respect du droit humanitaire le plus élémentaire.

Cette exigence vaut tout autant pour les Etats, à commencer par la France, qui ont justement déploré la décision israélienne en rappelant combien la situation reste catastrophique à Gaza. Pensent-ils une nouvelle fois que se contenter d’exprimer une « profonde inquiétude », sans l’assortir de la moindre mise en garde, changera quoi que ce soit ? Si ces pays estiment réellement que l’Etat hébreu s’égare avec de telles décisions, qu’ils en tirent enfin les conséquences.

Le Monde

Réutiliser ce contenu