• Depuis lundi, la Russie accuse l’Ukraine d’avoir lancé une attaque de drones contre une résidence de Vladimir Poutine.
  • Une version contredite par Kiev qui dénonce des fausses informations.
  • Les Vérificateurs de TF1-LCI ont démêlé le vrai du faux.

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L’info passée au crible des Vérificateurs

C’est une rumeur lancée au cours d’un coup de fil. Lors d’un appel avec Donald Trump (nouvelle fenêtre) le lundi 29 décembre, Vladimir Poutine s’est plaint que l’une de ses résidences avait fait l’objet d’une attaque de drones dans la nuit précédente. Une accusation répétée à l’unisson par tous ses ministres et par l’appareil médiatique russe. Sergueï Lavrov a précisé que l’attaque décrite comme « terroriste » consistait en « 91 drones à longue portée » lancés contre cette villa de Valdaï, dans la région de Novgorod. Sur les chaînes de télévision russes, les propagandistes (nouvelle fenêtre) vont même jusqu’à évoquer une « tentative d’élimination » du président russe, présentant l’incident comme une « proclamation de guerre ».

Aucune trace des 91 drones

Des expressions martiales qui ne s’accompagnent pourtant d’aucun élément factuel, comme l’explique la journaliste Felicia Sideris dans la vidéo ci-dessus. Preuve qu’il s’agit avant tout d’une position politique, ce n’est pas le ministère de la Défense russe qui a fait l’annonce mais celui des Affaires étrangères (nouvelle fenêtre). Le lendemain, le porte-parole du Kremlin estime même qu’il n’a pas à fournir de preuves de l’attaque. « Je ne pense pas qu’il y a besoin de preuves si une attaque de drones d’une telle ampleur a été menée », déclare Dimitri Peskov lors de son briefing quotidien (nouvelle fenêtre) mardi, tout en promettant un « durcissement de la position de négociation » de Moscou et une « réaction militaire » à la hauteur.

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Nous avons donc cherché nos propres indices en ligne. Car 91 drones abattus dans le ciel en pleine nuit ne passent pas inaperçus. Sauf que sur les réseaux sociaux russes, nous n’avons pas identifié une seule explosion dans les zones concernées. Pas la moindre étincelle.

Des observations qui correspondent à celles de plusieurs groupes spécialisés. À l’instar du collectif DroneBomber, qui scrute les chaînes Telegram à la recherche de signalements de drones. À partir des témoignages d’un bruit ou d’impact, ils mettent à jour leur carte des mouvements présumés de ces aéronefs. Celle publiée le 29 à minuit (nouvelle fenêtre), soit quatre heures après le début du prétendu assaut, montre bien que l’Ukraine a envoyé des drones cette nuit-là. Mais aucun en direction de Novgorod, région du nord du pays visible sur la carte ci-dessous. 

Dans une note à ce sujet (nouvelle fenêtre), l’Institute for the Study of War (ISW), un centre de recherche américain, confirme qu’il n’existe aucune image des opérations de défense aérienne, d’explosion, d’incendie ou de panache de fumée à proximité des cibles citées par Moscou. 

Cette carte montre les zones concernées par des survols de drones dans la nuit du dimanche 28 au lundi 29 décembre 2025 - DroneBomber / TelegramCette carte montre les zones concernées par des survols de drones dans la nuit du dimanche 28 au lundi 29 décembre 2025 – DroneBomber / Telegram

Avec cette absence de preuve, la position du Kremlin ne convainc pas. Du côté des Européens, la cheffe de la diplomatie, Kaja Kallas (nouvelle fenêtre), parle « d’allégations infondées ». À l’Élysée, une source dans l’entourage du président nous glisse qu’il n’existe « aucune preuve solide qui vienne corroborer les graves accusations des autorités russes », y compris après le recoupement des informations avec les partenaires européens.

Deux « preuves » peu convaincantes

Alors face aux suspicions, les Russes apportent finalement deux éléments « de preuve ». Plus de 48 heures après les faits, au cours d’une conférence de presse (nouvelle fenêtre), un général chargé des unités de missiles antiaériens, Alexandre Romanenkov, présente la vidéo d’un appareil qui aurait été abattu lors de cette attaque, et une carte de la trajectoire de l’ensemble des engins supposément lancés. 

La vidéo montre effectivement un Chaklun-V. Ce drone-suicide tactique de fabrication ukrainienne a une portée annoncée de 700 kilomètres. De quoi toucher le cœur de la Russie (nouvelle fenêtre) depuis la frontière. Sauf que la séquence est tournée de nuit, en pleine forêt. Aucun détail ne permet de localiser la position exacte de ce drone. Rien ne permet non plus d’identifier la date à laquelle il serait arrivé en territoire russe. Des informations essentielles lorsque certains indices poussent au doute. Les branches des arbres aux alentours sont intactes, comme s’il n’y avait pas eu d’impact. Il n’y a pas non plus de débris aux alentours.

Cette vidéo publiée par Moscou montre un drone dans la neigeSource : TF1 Info

Cette vidéo publiée par Moscou montre un drone dans la neigeLogo lecture

La carte diffusée par le général russe ne démontre pas grand-chose non plus. D’après les indications écrites, la majorité des drones a été abattue dans la région de Briansk. On est à plus de 700 kilomètres de la résidence du président russe. Il est donc impossible de connaître la cible de cet essaim de drones, comme l’a relevé Gaëtan Powis, journaliste défense pour Air & Cosmo. Interrogé sur LCI, il notait que lorsque les drones sont abattus, « il n’y a pas moyen d’avoir leur itinéraire. » 

Autant d’éléments qui laissent circonspects tous nos interlocuteurs. « La seule vidéo que l’on a, c’est en plein milieu d’un bois. Il est impossible de confirmer où l’on se trouve », résume Gaëtan Powis. Une source militaire nous confirme quant à elle qu’il n’existe aucun élément factuel permettant de confirmer l’existence de cette agression, même pas « une colonne de fumée filmée dans la région ». Des conclusions qui correspondent à celles publiées dans une note de la CIA (nouvelle fenêtre).

En l’absence de photo ou de vidéo géolocalisée, d’images de débris ou de rapport corroborant une quelconque activité de défense aérienne en provenance de Valdaï, rien ne rend crédible l’existence de cette agression. Autant d’éléments qui font songer à une attaque « sous fausse bannière » sur cette opération. Baptisée « false flag » en anglais, cette stratégie prisée (nouvelle fenêtre)par Moscou consiste à mener des actions laissant croire à une attaque de l’ennemi pour justifier une intervention militaire.

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Felicia SIDERIS