Des mètres carrés jolis sur les photos, mais épuisants à vivre :
c’est le paradoxe de beaucoup d’intérieurs depuis que le
télétravail s’est installé. Entre open space improvisé dans le
salon et chambres encombrées de souvenirs, la maison absorbe
stress, bruit et fatigue sans vraiment les apaiser.

Pour l’architecte d’intérieur Alberto Torres, cette tension est
devenue centrale dans les maisons espagnoles 2026, qui préfigurent
nos intérieurs de demain. Il décrit la maison comme une « thérapie
silencieuse » possible, où l’on cherche d’abord le ressenti avant
l’image. Les annonces immobilières qui mentionnent des prestations
liées au bien-être ont déjà augmenté d’environ 33 %, celles vantant
des salles de bains inspirées des spas de 22 %. « Le défi dans les
maisons est de favoriser le bien-être émotionnel », résume Alberto
Torres.

Alberto Torres et le bien-être émotionnel à la maison

Alberto Torres voit se multiplier les logements qui « se voient
bien mais ne se sentent pas bien ». Salons alignés sur les
tendances, mais saturés de bruit de rue, couloirs sombres, pièces
où l’air ne circule pas : tout ce qui touche à la santé invisible,
de l’air propre à la lumière naturelle en passant par le silence,
pèse directement sur le moral.

L’atmosphère se joue en quelques secondes. L’intérieuriste
rappelle que cette sensation se perçoit « avant d »être analysée »,
explique Alberto Torres dans un entretien accordé au magazine El
Mueble.

Vivre plus avec moins : un minimalisme qui apaise

Plutôt que de rêver de mètres carrés supplémentaires, Alberto
Torres invite à vivre plus avec moins en repensant
la distribution et le contenu des pièces. Meubles hérités
imposants, vitrines jamais utilisées, objets gardés par culpabilité
créent ce qu’il appelle un bruit émotionnel. Pour lui, désapprendre
le « bon goût » hérité et oser une maison qui parle de la vie
actuelle libère de la place, au sol comme dans la tête.

Pour amorcer ce changement sans tout bouleverser, il propose de
procéder par petites touches :

  • Faire l’inventaire des objets gardés « par devoir » et en libérer
    une première partie.
  • Identifier un coin de la maison à transformer en espace de
    récupération émotionnelle.
  • Remplacer progressivement plastiques et vernis agressifs par
    bois, tissus naturels et peintures plus saines.

Lumière, odeurs, canapé : les détails
qui trahissent la maison

Tout commence par la lumière et les odeurs, ces signaux que le
corps lit avant le cerveau. « Peu importe la beauté de la décoration
: si la lumière est incorrecte, tout paraît inconfortable ». Une
entrée noyée de LED froides ou un salon trop blanc refroidissent
l’ambiance. Côté parfum, « une maison qui tente de dissimuler son
essence avec des parfums intenses ou des désodorisants chimiques
éveille les soupçons ».

Dans le salon, le canapé devient un baromètre de
bien-être émotionnel à la maison. « Le canapé en
dit long sur la maison : s’il est placé comme une barricade, s’il
est trop grand ou s’il n’invite pas à s’asseoir, le message est
clair. Le corps de l’invité le capte avant la tête ». Face aux
intérieurs neutres, sans contraste ni personnalité, Alberto Torres
résume : « Fais que ta maison parle de toi, et non de ce que tu
crois que l’on attend ».