Les cours du pétrole ont reculé de plus de 1 % lundi en début d’échanges asiatiques, après l’enlèvement du président du Venezuela Nicolás Maduro lors d’une opération militaire américaine, et face à l’intention de Washington d’exploiter les gigantesques réserves de brut du pays.

Vers 8 heures du matin à Tokyo, le prix du baril de WTI américain est descendu à 56,56 dollars et celui du baril de Brent de la mer du Nord à 60 dollars, avant de limiter leurs pertes les minutes suivantes.

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Après des mois de frappes sur des embarcations accusées de trafiquer de la drogue, les États-Unis ont mené samedi une spectaculaire opération d’enlèvement de Nicolás Maduro. Donald Trump a déclaré samedi que les États-Unis allaient désormais « diriger » le pays. La vice-présidente Delcy Rodriguez a été ordonnée présidente par intérim.

L’administration Trump n’a pas fait mystère de son désir de mettre la main sur les réserves de pétrole du Venezuela, les plus importantes de la planète. Le régime de Nicolás Maduro, qui faisait face à des sanctions et à un embargo américain, n’en vendait qu’une petite partie sur le marché.

Les États-Unis, qui vont désormais essayer d’avoir la main sur la production, veulent que les entreprises américaines puissent profiter de cette manne. Une augmentation de la production aurait des conséquences sur les prix, qui seraient tirés à la baisse. Les investisseurs ont semble-t-il déjà anticipé cette tendance.

Les compagnies américaines en pôle

Après les bombardements aériens et la capture de Nicolás Maduro et de la Première dame Cilia Flores, le président américain Donald Trump a en effet affirmé samedi qu’il autoriserait les compagnies pétrolières des États-Unis à exploiter les ressources pétrolières du Venezuela. Il a aussi affirmé que les États-Unis allaient « diriger le pays jusqu’à ce que nous puissions procéder à une transition sûre, appropriée et judicieuse ».

Caracas dispose certes des plus grandes réserves prouvées du monde avec 303 221 millions de barils, selon l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), dont le Venezuela est membre, devant l’Arabie saoudite (267 200 millions) et l’Iran. Mais la production est très faible, estimée à environ 1 million de barils/jour (mbj) avant la récente montée des tensions avec Washington, contre environ 3,5 mbj à l’arrivée au pouvoir d’Hugo Chavez, le prédécesseur de Nicolás Maduro, en 1999.

Et dans un marché mondial déjà bien approvisionné, d’éventuelles perturbations sur les faibles approvisionnements vénézuéliens (environ 1 % de la production planétaire de pétrole brut) devraient avoir un impact limité, jugent nombre d’analystes. « La situation du marché mondial du pétrole reste inchangée, avec des cours sous pression en raison d’une offre excédentaire », tranche Rob Thummel, du cabinet Tortoise Capital Management.

« Les événements actuels au Venezuela ne modifient pas cette dynamique » d’autant qu’il semble que dans l’immédiat « les infrastructures vénézuéliennes soient toujours opérationnelles et permettent d’exporter du pétrole vers les marchés mondiaux », explique-t-il, tout en n’excluant pas une hausse ultérieure des cours en cas de réduction « temporaire » de l’offre du pays.

« Ce processus sera long »

« À court terme, l’instabilité au Venezuela peut faire craindre des perturbations de l’approvisionnement, ce qui pourrait faire grimper les prix », reconnaît Kyle Rodda, analyste en Australie du courtier Capital.com. Du fait des sanctions, les importateurs du pétrole vénézuélien sont peu nombreux : on estime que la Chine en achète 80 %, via la Malaisie.

Cependant, « à plus long terme, cette initiative américaine vise à exploiter les vastes réserves du Venezuela, ce qui pourrait in fine peser sur les prix », ajoute Kyle Rodda, mais « ce processus sera long, car l’industrie est à l’arrêt, les infrastructures sont vétustes, ressources humaines et capitaux font défaut, cette offre ne sera pas disponible avant plusieurs années ».

Et investir aujourd’hui est peu intéressant : les cours de l’or noir sont plombés par un surplus d’offre et ils ont reculé en 2025 malgré les nombreux développements géopolitiques (Ukraine, droits de douane…) qui ont limité cette baisse. « La production vénézuélienne est en baisse depuis de nombreuses années, et des investissements importants seront nécessaires pour inverser cette tendance : cela prendra des années, et non des jours ou des mois », abonde Rob Thummel.