En politique, on l’appelle QRR. Quartier de reconquête républicaine. Les habitants du quartier des Moulins, eux, n’y voient pas que de l’insécurité et du béton.
Même si beaucoup sont nostalgiques d’une époque quasi révolue. Celle où les portes étaient ouvertes. Celle des plats échangés entre voisins, de la générosité et de la tolérance.
Ces dernières années, les posts qui fleurissent sur les réseaux sociaux sont plus amers. Pour autant, la solidarité reste forte, notamment dans les drames.
Comme pour l’incendie de la rue de la Santoline où sept personnes ont perdu la vie, le 18 juillet 2024, dans une guerre de territoires entre dealers. Ou lorsqu’un balcon a pris feu, à la Saint-Sylvestre, tour 42, à cause d’un mortier d’artifice.
Les voisins ont immédiatement éteint le sinistre, permettant d’éviter des dégâts importants, voire pire.
« Je suis la locataire, je remercie énormément mes voisins et toutes les personnes qui ont sauvé mon logement. Merci pour cette grande solidarité », a écrit la locataire du logement concerné sur Facebook.
Pour autant, ils sont nombreux à exprimer leur ras-le-bol des bandes qui tirent des mortiers d’artifice chaque soir, réveillon ou pas. Ras-le-bol aussi des dealers.
Et ras-le-bol des problèmes de chauffage récurrents. Ces derniers temps, la colère monte et beaucoup cherchent à l’exprimer.

« Locataire chez CDC habitat, nous sommes sans eau chaude et chauffage depuis le 26 décembre. » Idem au numéro 3, 4, 38, 37… « L’eau est glacée, et les chambres pour enfants et bébés sont gelées, c’est inadmissible », estime un autre riverain sur Facebook.
La liste est longue. « Vous vous rendez compte que même moi qui suis un ancien des Moulins, ma mère et ma sœur y habitent toujours d’ailleurs, je n’ai plus envie d’y habiter ! Il y en a beaucoup qui veulent le quitter », se désole Nourredine Debbari, président de Nouvelles méthodes solidaires 06 (ex Nice-Moulins solidarité 06).
En conflit avec Côte d’Azur habitat – il a été relaxé en septembre d’un procès intenté en diffamation – Nourredine Debbari réclame que les problèmes de chauffage soient réglés au plus vite par l’office HLM, pointé du doigt par de nombreux locataires.
L’office s’était défendu longuement dans nos colonnes, revenant sur les griefs point par point.
« Cette année, nous avons effectivement eu plus de problèmes de ce type parce que nous avons fait réaliser d’importants travaux sur les chaufferies pendant l’été. Alors oui, cela semble totalement illogique mais ça ne l’est pas tant lorsque l’on comprend la raison », avait indiqué Manuel Smadja, le directeur général de Côte d’Azur Habitat dans notre édition du 10 décembre.
Selon l’office, les chaudières collectives ont fait l’objet de rénovation pendant la haute saison.
« Il a fallu vidanger intégralement le réseau. La remise en eau a été effectuée en septembre-octobre. A ce moment-là, les tuyaux se dilatent et comme ils datent de l’époque de construction des bâtiments certains sont vieux et se sont abîmés. C’est là que des fuites sont apparues. Il n’est pas possible de changer toutes les canalisations. Nous ne pouvons que réparer. »
Pour braver toutes ces difficultés, le quartier serre les rangs. Nourredine a usé ses fonds de culotte aux Moulins. « On y a appris beaucoup de choses, notamment la solidarité. »
Il se désole quand même que, de plus en plus, les portes soient fermées pour du chacun chez soi. « Je trouve personnellement qu’on ne fait plus assez attention à nos voisins. Avant, dès qu’on ne voyait plus quelqu’un pendant un petit moment, on s’inquiétait rapidement. La personne qu’on a retrouvée décédée au bâtiment 4, une personne âgée, on a mis plus d’un mois pour savoir qu’elle était morte. »
Selon lui, la délinquance, le trafic de stupéfiants influent sur cet état d’esprit. « Les personnes âgées sortent moins, donc voilà, il y a des petites choses qu’on ne fait plus. »
Il s’inquiète aussi d’un climat de peur, de défiance envers la politique, qui décourage les habitants à prendre la parole à visage découvert.
Pour autant, loin des clichés, le quartier des Moulins travaille, vit, donne naissance, entreprend.
Loin du deal et des trafics en tout genre. Nourredine Debbari, même s’il s’inquiète, n’entend pas lâcher.
Pour aider les habitants à retrouver ce qui a fait l’âme du quartier.