Confronté à de nombreuses absences pour le déplacement à La Rochelle, un match à l’extérieur perdu 66-0 hier soir en clôture de la 14e journée de Top 14, le manager de Toulon Pierre Mignoni a défendu son choix d’envoyer une équipe (très) rajeunie à Marcel-Deflandre. Qu’importe les éventuels reproches extérieurs.
Quel est votre premier sentiment à l’issue de ce match ?
Bien sûr déçu, déçu pour les joueurs parce qu’on savait que ça allait être difficile. On avait peu de chances de gagner, il faut être honnête, on l’avait dit avant le match. Mais on avait à cœur aussi d’acquérir de l’expérience pour pas mal de joueurs. Ce qui est difficile, c’est de pas marquer un essai. La Rochelle nous a maintenus sous pression pendant 80 minutes, bravo. Forcément c’est très difficile ce soir, mais il faut passer par des matchs comme ça pour grandir et apprendre.
Vous attendiez-vous à ce que ce soit si difficile ?
Oui, je m’attendais à ce que ce soit dur bien sûr. Je connais le niveau de la Rochelle, je connais notre niveau du moment. Je savais que ça allait être dur. Mais honnêtement, les joueurs se sont battus. Oui, on a pris 60 points, mais je crois qu’on n’est pas la première équipe à prendre 60 points. Il y en a d’autres qui en ont pris ce week-end et d’autres week-end. Il faut passer par là pour que les jeunes apprennent aussi ce que c’est le très haut niveau. C’est assez formateur aussi.
Diriez-vous que c’est un apprentissage accéléré pour vos jeunes ?
C’est très accéléré, oui. On les prépare, mais ils ne sont pas encore prêts à jouer ces matchs-là. Mais aujourd’hui, on a fait ce choix-là parce que, sans se justifier, on a 19 absents entre les blessures et les congés obligatoires, ça fait quand même beaucoup. Et on a quatre matchs derrière très importants. On était obligés de faire des choix. On en a fait, je les assume. Mais comme j’ai dit aux jeunes joueurs, s’ils sont là, c’est qu’on les choisit, qu’on mise sur eux. Aujourd’hui, c’était difficile, mais ils vont progresser, ils vont revenir. Ils ont répondu présent sur l’état d’esprit.
C’est une défaite sans conséquence sur la globalité du groupe à l’approche de Coupe d’Europe ?
Ça ne fait jamais plaisir de prendre 60 points. Mais on ne va pas se mettre la tête au fond du seau. Contrairement à certains qui vont dire que c’est une catastrophe. Il y a d’autres équipes qui ont pris 60 points, je le répète. Il faut rebondir. On savait nos forces du moment. Les joueurs ont donné le maximum de ce qu’ils pouvaient. C’est compliqué, quand tu loupes un plaquage face à La Rochelle ce soir, tu prends un essai. Ça coûte 7 points à chaque fois. C’est dur, mais c’est le haut niveau, c’est comme ça.
Certains vont dire aussi que c’est un dimanche de plus avec un score fleuve, qui ne sert pas vraiment les intérêts du Top 14…
Et pourquoi ? Nos jeunes n’ont pas le droit de se former ? On nous réduit sur le salary cap, on nous réduit sur les jokers, on nous presse comme des citrons. Vous voulez qu’on fasse comment ? Quand tu es à 19 absents, tu ne peux pas faire jouer Pierre-Paul-Jacques. Tu fais jouer tes ressources au club, et c’est les jeunes. Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? Le Top 14, c’est très long, c’est très dur, on le sait. On ne va pas revenir dessus. On a un calendrier infernal. On n’est pas trop une équipe qui lâche des matchs à l’extérieur. Donc, oui, on va me le reprocher. Je l’assume. Encore une fois, je ne peux pas faire autrement. Quand il manque 19 joueurs, à part me mettre moi sur la feuille de match… Moi, c’est fini, j’en ai fait des matchs. Par contre, les jeunes, ils n’en ont pas fait. Et là, c’est leur premier match pour certains. C’est une bonne chose. Si ça ne plaît pas, c’est pareil […] On n’est pas des robots. Je parle pour Toulon, mais je parle pour toutes les autres équipes. À un moment donné, on nous demande de jouer onze mois par saison. Enfin, Je ne vais pas pleurer sur le calendrier, ça fait 15 ans que j’entraîne, j’ai joué 17 ans, je connais. Ce que je dis, c’est que je ne peux pas faire autrement. Donc si ça ne plaît pas, qu’on me donne du salary cap, qu’on me donne des moyens pour avoir trois équipes. Pour l’instant, on ne les a pas. Ni Toulon, ni d’autres clubs.
Pas de casse supplémentaire à déplorer à l’issue de ce match ?
Pour l’instant, non. Ça, c’est la très bonne nouvelle de la soirée. Parce que là, je commence un peu à serrer les fesses. Et il va falloir serrer les fesses, il faut passer entre les gouttes. La Coupe d’Europe revient la semaine prochaine. Il y a deux matches de Coupe d’Europe et deux matchs de championnat avant, enfin, une coupure. En essayant, j’espère, de récupérer au moins deux, trois joueurs dans ce mois qui arrive, sur les 14 ou 15 blessés.