Il se rêve un destin olympique, s’est choisi pour modèle un certain Jimmy Gressier, mais a aussi la tête bien vissée sur les épaules.
Avec, en prime, quelques solides références déjà accrochées au dossard (il a, à de multiples reprises, été sacré chez les jeunes, champion de France sur route, comme en cross). Et pourtant…
Gaston Rohmer, du côté des bookmakers, c’était plutôt la grosse cote. L’outsider sur qui miser pour espérer toucher le pactole. Le costard de favori semblait en effet taillé encore un peu trop large pour ses épaules…
C’eut donc été plus qu’audacieux, et même culotté, de parier sur le garçon. Mais l’Alsacien, du haut de ses 20 piges (il a fêté son anniversaire le 27 décembre) ne manque ni de talent, ni de caractère.
Et sa foulée s’est avérée aussi dévastatrice pour la concurrence que le kougelhopf est promesse de damnation pour les gourmands condamnés au régime…
Pourtant, après avoir été pointé en tête à mi-parcours (les 5 premiers km avalés en 14’01), il lui a surtout fallu batailler contre ce vent de face qui, finalement, aura raison de ses espoirs chronométriques.
Il ne s’est toutefois jamais désuni dans l’effort, a su maintenir la bonne cadence pour continuer à creuser les écarts sur la petite meute lâchée alors à ses trousses…
Le vent pour ennemi…
Le natif d’Obernai (Bas-Rhin), licencié au Vendenheim Athlétisme et peintre en bâtiment dans la vie de tous les jours, s’est donc imposé en costaud (28’28’’), hier. Mais presqu’à l’insu de son plein gré…
« Je ne m’y attendais franchement pas. Je suis content, évidemment, mais j’étais venu à Nice avant tout pour travailler en intensité, en vitesse, avant de basculer sur la saison des cross. C’est donc comme une cerise sur le gâteau, même si, encore une fois, le temps que j’ai réussi n’est pas celui que j’espérais… »
Pas dans un bon jour
Dans l’ombre du vainqueur, c’est la silhouette d’un autre « gamin » (19 ans), qui s’est sobrement dessinée. Et lui, en revanche, est bien connu des spécialistes, puisque Martin Hubner, l’an passé, avait battu sur cette même Promenade des Anglais, le record de France juniors (29’01’’).
Un an après, le triathlète bisontin n’a certes pas autant affolé les chronos, mais s’empare néanmoins de la 2e place sur le podium. Ce qui semblait d’ailleurs parfaitement lui convenir. Même si…
« J’avais de grosses ambitions. Je m’étais fixé 28’15’’ (soit 15 secondes qu’il comptait raboter sur le temps établi, il y a deux semaines, à la Corrida de Houilles, NDLR), mais aujourd’hui, avec ce vent, j’ai vite compris que ce serait compliqué. Mais bon, je suis malgré tout satisfait, d’autant qu’il y avait de la densité sur cette course. Alors finir deuxième, ça reste une belle surprise… »
En revanche, Raphaël Montoya, lui, a pris un vilain soufflé. Le pensionnaire du NCAA et champion de France de la distance n’a jamais semblé en mesure d’imposer son rythme, encore moins de jouer la gagne.
« À chaud, comme ça, je suis vraiment déçu, a-t-il analysé peu après avoir franchi la ligne. J’étais venu pour m’imposer, mais j’ai compris assez vite que je n’avais pas de très bonnes jambes.
Ça arrive, c’est le sport, mais du coup, j’ai subi toute la course. Sur le retour, je ne pouvais même pas assurer les relais…
Mais bon, j’ai quand même pris du plaisir, et pu, au sprint, assurer une place sur le podium. C’est une maigre consolation, mais une consolation quand même ».
La voix de la sagesse ?