Si l’IA s’impose progressivement comme un levier de transformation pour de nombreux secteurs économiques, dans la banque, son adoption s’accélère sous l’effet combiné de la pression des investisseurs, de la numérisation des usages et de la recherche de gains de productivité.

Derrière ces promesses technologiques, une question se pose avec insistance&nbsp: quel sera l’impact réel de l’IA sur l’emploi bancaire en Europe dans les années à venir&nbsp?

Jusqu’à 10% des effectifs bancaires menacés d’ici 2030

Selon une analyse de Morgan Stanley relayée par le Financial Times, près de 200 000 emplois pourraient disparaître dans le secteur bancaire européen d’ici 2030, soit environ 10% des effectifs de 35 grandes banques du continent.

Les suppressions de postes concerneraient principalement les fonctions administratives, ainsi que les métiers liés à la gestion des risques et à la conformité, des domaines où l’automatisation progresse rapidement.

Et pour cause, les établissements bancaires figurent parmi les acteurs les plus avancés dans l’adoption de l’IA. Morgan Stanley évoque des gains d’efficacité pouvant atteindre 30%, grâce à l’automatisation de tâches répétitives et à l’amélioration des processus internes.

Cette dynamique s’accompagne déjà de décisions concrètes, où la banque néerlandaise ABN Amro a par exemple annoncé vouloir supprimer 5 200 emplois d’ici 2028 selon Reuters.

Des gains de productivité déjà visibles sur le terrain

Du côté des dirigeants bancaires, le constat est assumé. Niccolò Ubertalli, directeur général de CCF (ex-HSBC France), a reconnu sur BFM Business que l’IA avait déjà entraîné des suppressions de postes « dans la partie qui n’est pas face aux clients« .

En contrepartie, les délais de traitement se réduisent fortement, si bien qu’un crédit immobilier peut désormais être accordé en une journée, contre plusieurs mois auparavant.

Cette évolution illustre le coeur de la stratégie des banques qui consiste à automatiser les fonctions internes pour accélérer les services et réduire les coûts, tout en maintenant la relation client.

Toutefois, cette transition soulève des enjeux sociaux et organisationnels, notamment pour les salariés dont les compétences deviennent moins sollicitées…

2026, une année charnière pour l’impact économique de l’IA

Pour UBS, l’année 2026 pourrait aussi marquer un tournant. La banque suisse estime que le marché évaluera alors si l’IA a réellement un effet mesurable sur la productivité mondiale, et si les banques figurent parmi les principales bénéficiaires.

De son côté, Bank of America partage aussi cette analyse, et après avoir soutenu les fournisseurs d’infrastructures cloud, les investisseurs pourraient désormais privilégier les « IA adopters« , ces entreprises capables de transformer l’IA en gains opérationnels concrets.

Enfin, certaines voix appellent néanmoins à la prudence. Parmi elles, Conor Hillery, vice-président de JPMorgan Chase pour la zone EMEA, rappelle que l’intégration de l’IA doit préserver les fondamentaux du métier bancaire. Selon lui, un équilibre est nécessaire pour permettre aux jeunes employés d’acquérir l’expérience indispensable, sous peine de fragiliser le secteur à long terme, comme dans d’autres domaines où l’on craint la « fin du travail ».