Après la sortie de l’UE il y a cinq ans, suivie de la trahison américano-anglaise pour couler le contrat des sous-marins entre l’Australie et la France, la relation entre Paris et Londres est-elle véritablement réparée ?
Oui, elle s’est nettement améliorée. Le rapprochement a commencé dès la fin du mandat de Boris Johnson, lequel avait orchestré le Brexit. Par la suite, la guerre en Ukraine a révélé une véritable convergence stratégique avec le Royaume-Uni, parfois plus forte par rapport à d’autres partenaires européens. Nous partageons un même sentiment de responsabilité pour la sécurité du continent. Dès le début du conflit, nous avons ainsi travaillé étroitement ensemble, notamment à travers la mise en place de la Coalition des volontaires, rassemblant 30 pays, co-dirigée par Londres et Paris. Cette coopération s’est historiquement manifestée lors des grandes crises, comme ce fut le cas depuis l’Entente cordiale en 1904.
En scellant un pacte stratégique avec les États-Unis, devenus un empire agressif s’affranchissant des règles internationales et dont la nouvelle stratégie de sécurité acte la vassalisation de l’Europe, l’Angleterre n’a-t-elle pas commis une grave erreur ?
Le Royaume-Uni a toujours assumé son choix atlantiste. Comme le disait Churchill, « entre l’Europe et le grand large, nous privilégierons toujours le grand large ». Cela ne signifie pas pour autant que Londres se désengage de la sécurité de l’Europe. Mais, il faut être clair. Compte tenu de sa dépendance en matière de défense et de ses intérêts économiques, le Royaume-Uni restera attentif aux positions américaines. Notre discours sur l’autonomie stratégique n’est pas perçu de la même façon de l’autre côté de la Manche.
Samedi, la France et le Royaume-Uni ont mené conjointement des frappes contre l’État Islamique en Syrie. Est-ce simplement une opération de routine ?
Ces frappes illustrent une forte proximité sur l’ensemble des théâtres d’opérations entre les deux pays. Ce n’est guère une surprise, car nous partageons la volonté de lutter contre l’État islamique et aussi bien la France que le Royaume-Uni bénéficient de grandes capacités de projection, notamment aériennes.
Depuis le Brexit, de nombreux accords ont été signés entre Paris et Londres et notamment sur le renvoi des migrants entre les deux pays, en juillet 2025. Le dispositif est-il fonctionnel ?
Il s’agit d’un accord temporaire, un projet pilote. Pour l’heure l’objectif est de montrer que l’arrivée par bateau au Royaume-Uni n’offre pas de garantie de rester sur le territoire. Notre souhait est d’européaniser ce dispositif. Nous demandons également aux Britanniques de lutter davantage contre le travail illégal, très attractif pour les migrants. C’est dans l’intérêt de tous, tout comme la lutte contre les passeurs.
En mai, l’UE et le Royaume-Uni se sont accordés sur les droits de pêche dans les eaux de l’autre partie. La filière française a-t-elle de quoi se satisfaire de ces quotas ?
La filière française peut se réjouir de la prolongation de l’accord, qui était une priorité pour la France. Le cadre est désormais fixé pour douze ans, ce qui n’était absolument pas acquis. Les négociations ont été très difficiles. Pour qu’une relation soit saine, il est essentiel de ne pas tout renégocier chaque année. Les Britanniques conservent la possibilité d’imposer certaines restrictions, et nous restons extrêmement vigilants.
Quelle est la raison de votre venue en Bretagne, ce mardi ?
Pour comprendre les attentes d’une région, il faut s’y rendre. Ce déplacement est, pour moi, l’occasion d’expliquer à quoi nous servons en tant que diplomates. J’irai dans les universités parler à des étudiants, car il existe de nombreux jumelages, comme celui entre Rennes et Exeter, qui favorisent les échanges de jeunes et les coopérations universitaires. Les Britanniques reviennent d’ailleurs progressivement dans les programmes Erasmus. Enfin, je me rendrai à Sciences Po Rennes pour échanger avec les étudiants, leur raconter mon parcours et les inviter à regarder leur pays depuis l’étranger, à se décentrer. C’est aussi important de sensibiliser la jeunesse à l’évolution du contexte stratégique en Europe et à la réalité des menaces.