La Direction générale de l’armement (DGA) a signé, le 30 décembre 2025, un contrat avec l’industriel suédois Saab pour l’acquisition de deux avions de détection et de commandement aérien GlobalEye. Cette décision s’inscrit dans le cadre de l’accord stratégique franco-suédois et confirme la volonté de Paris de remplacer sa flotte vieillissante d’AWACS E-3F Sentry par une plateforme plus moderne et adaptée aux enjeux contemporains de surveillance et de renseignement, y compris en milieu maritime.

Le contrat, d’un montant d’environ 12.3 milliards de couronnes suédoises – soit près de 1.1 milliard d’euros – inclut les équipements au sol, la formation des équipages ainsi que le soutien et la maintenance des appareils. Une option pour l’achat de deux appareils supplémentaires a également été intégrée au contrat, ce qui permettrait de remplacer nombre pour nombre les Boeing E-3F modernisés en service dans l’armée de l’Air et de l’Espace.

Une commande attendue, mais stratégique

Ce contrat est la traduction formelle de la lettre d’intention signée en juin 2025 lors du Salon du Bourget, qui préfigurait ce choix capacitaire majeur. La DGA avait alors affiché sa préférence pour le GlobalEye – au détriment du Boeing E-7 américain – afin de maintenir la capacité autonome de surveillance aéroportée de la France, développée au début des années 1990 avec l’acquisition des quatre AWACS E-3F.

Les livraisons des deux premiers GlobalEye sont planifiées entre 2029 et 2032, et on peut imaginer que, si elle est levée à temps, l’option pour les deux appareils supplémentaires devrait permettre une livraison des quatre GlobaEye à l’horizon 2035. Ce qui devrait permettre une transition progressive et un retrait organisé des E-3F, eux-mêmes programmés pour rester en service au moins jusqu’au milieu des années 2030.

 

E-3F de l’Armée de l’Air et de l’Espace. Bien que modernisés, ces appareils commencent à accuser leur âge. Depuis le retrait des KC-135, avec qui ils partageaient certains équipements, leur maintenance est devenue plus coûteuse et plus complexe.

 

Un choix technique et industriel assumé

Le GlobalEye de Saab est conçu sur la base du biréacteur d’affaires canadien Bombardier Global 6000/6500, et équipe déjà les forces émiriennes à hauteur de cinq exemplaires. Outre la France et les Emirats Arabes Unis, l’avion a été commandé par la Suède et intéresse également le Danemark, l’Allemagne et l’OTAN.

Il est doté d’une suite de capteurs multi-domaines capable de détecter et suivre à très longue distance aussi bien des menaces aériennes, que maritimes et même terrestres. Son capteur principal est le radar AESA Erieye-ER (Extended Range), version améliorée de l’Erieye qui a déjà été intégré sur plusieurs modèles d’avions (Saab 340, Saab 2000, Embraer E-99…) et équipe une dizaine de forces aériennes dans le monde.

Dans la version émirienne, le GlobalEye dispose en outre d’un radar ventral Seaspray 7500E, de Leonardo, ainsi que d’une boule optronique, permettant de renforcer considérablement ses capacités de détection et de surveillance maritime à courte et moyenne portées. Pour le moment, ni Saab ni l’Armée de l’Air n’ont donné de détails sur la configuration exacte adoptée pour la France. En effet, Saab propose également le GlobalEye avec uniquement le radar Erieye, pour des missions de plus longue portée. La conscience situationnelle de l’appareil est également accrue par une suite de capteurs électro-optiques ELIX-IR, fournis par Thales.

 

Outre le radar dorsal, qui assure une détection à très longue portée, le GlobalEye dispose d’un radar ventral, idéal pour combler l’angle mort sous l’appareil. Cet équipement s’avère très précieux au-dessus des mers fermées comme le Golfe Persique ou la Baltique, mais pourrait peut-être être jugé superflu pour les besoins français.

 

Au-delà de l’aspect capacitaire, la commande s’inscrit dans une logique de coopération industrielle renforcée avec la Suède. Saab a déjà conclu un accord avec Sabena technics, spécialiste français de la maintenance et de la transformation d’avions, pour participer aux travaux de modification et de support du GlobalEye – intégrant ainsi une part d’activité sur le territoire national.

D’après nos informations, si Paris s’est intéressé à la possibilité d’intégrer la solution électronique de Saab sur une cellule d’avion Dassault Falcon français, l’opération aurait été jugée à la fois trop coûteuse et surtout trop longue, au regard de l’urgence opérationnelle et du contexte géostratégique actuel.

Un nouveau standard dans le monde des AWACS ?

Ce choix intervient à un moment où les besoins en détection avancée et en fusion de données multi-sources sont au cœur des stratégies de défense européennes. Paris, confronté à un environnement sécuritaire exigeant, entend ainsi préserver une capacité autonome de veille aérienne tout en restant compatible avec les architectures de l’OTAN. A l’heure où l’US Air Force souhaite se détourner du Boeing E-7, seul réel concurrent du GlobalEye, la solution suédoise semble avoir toutes les cartes en main pour s’imposer comme la référence en matière d’avions de détection avancée que ce soit en Europe ou, plus largement, dans l’OTAN.

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.