Des enquêtes menées dans les deux universités bordelaises révèlent que plus de 80% des étudiants utilisent l’intelligence artificielle, y compris des outils peu fiables. Alors qu’une étude menée auprès d’étudiants en droit de l’université de Bordeaux montre des effets préoccupants de l’IA sur les capacités d’apprentissage, les établissements tâtonnent sur son encadrement. Des chercheurs appellent eux à refuser catégoriquement son usage.
Simon Barthélémy
Publié le 6 janvier 2026 ·
Imprimé le 6 janvier 2026 à 07h40 ·
10 minutes
« Face à l’intelligence artificielle générative (IAg), l’objection de conscience. » C’est le nom d’un manifeste lancé le 1er décembre dernier par l’Atelier d’écologie politique (Atecopol), collectif de 300 scientifiques français « engagé·es face à l’urgence écologique », et qui a en quelques jours recueilli près de 2000 signatures de chercheurs, enseignants, ingénieurs, doctorants…
« Nous considérons que le déploiement de l’IAg dans les institutions de l’enseignement supérieur et de la recherche, et de l’éducation nationale est incompatible avec les valeurs de rationalité et d’humanisme que nous sommes censé·es représenter et diffuser », estiment-ils, choisissant « d’opposer un refus net, indiscutable, et politique » à ces technologues.
« Nous n’utiliserons pas les IA »
Ils font valoir que l’IAg – celle capable de produire du contenu (texte, image, vidéos…) – est « un gouffre énergétique et matériel » incompatible avec l’Accord de Paris sur le climat, « et plus généralement avec la protection du vivant » ; qu’elle « agit comme un accélérateur des infrastructures industrielles du numérique », avec de « lourds dégâts sociaux » (travail prolétarisé dans les usines et les mines, conflits d’usage de l’eau ou des métaux…), et conforte les pouvoirs de « mégafirmes dont les dirigeants ne font pas mystère de leurs projets mégalomaniaques, eugénistes et de leur détestation de la démocratie« .
« Nous ne les utiliserons pas [les IAg], à moins d’y être expressément contraint·es, dans nos cours, dans nos communications, dans nos recherches, dans nos activités administratives. Nous refuserons, autant que nos situations individuelles nous le permettent, de participer à des projets ou à des activités qui les mobilisent (enregistrement et compte-rendu automatique de réunion ; activité pédagogique ; formation à l’usage, fût-il qualifié de raisonné ou éthique, etc.). »
Ce texte est diffusé à un moment où les universités constatent toutes une « utilisation massive » de l’IAg par les étudiants, mais aussi les enseignants, selon Guillaume Carbou, membre de l’Atecopol. « Ce sont des outils puissants pour lesquels tout le monde a une certaine curiosité », reconnait ce maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’université de Bordeaux, qui compte 50 000 étudiants.
Près de 90% d’étudiants utilisateurs
Dans cette dernière, une enquête récente a ainsi montré que 87% des étudiants interrogés déclarent utiliser un ou des outils d’IAg dans le cadre de leurs études, 40% y recourant « souvent », et seulement 13% des répondants, jamais. A l’université Bordeaux-Montaigne (UBM) une étude similaire a également révélé un usage généralisé par 84% des étudiants, dont 11% de manière quotidienne.
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