Lors de vos vœux aux forces intérieures ce mardi matin, vous avez rappelé que votre priorité est le trafic de stupéfiants et vous avez notamment souligné que les consommateurs doivent être verbalisés.
Oui. Je le redis, le consommateur est un délinquant. L’amende forfaitaire délictuelle passera de 200 à 500 euros. Elle est payée par 53 % des personnes verbalisées. Consommer de la drogue est un délit, inscrit au casier judiciaire. Nous allons intensifier la guerre livrée aux consommateurs autant que celle envers les organisateurs. Nous avons ciblé 30 à 50 individus qui organisent le trafic sur l’agglomération rennaise. Le but est de les empêcher, de leur pourrir la vie. Depuis juin dernier et le vote de la loi narcotrafic, la lutte contre le trafic de stupéfiants a été érigée au même rang de priorité que la lutte contre le terrorisme. Compte tenu des effets qu’elle a sur la vie des gens, c’est normal. Cette loi fournit aux préfets de nouveaux outils qui viennent en plus des enquêtes judiciaires. Il a trois principales mesures : les fermetures de commerces qui se livrent au blanchiment, les expulsions des familles de dealers de leur logement social. Et les interdictions de paraître. Les individus qu’on voit de façon répétée sur les points de deal peuvent faire l’objet d’une interdiction de paraître. Toutes ces procédures sont extrêmement simples. C’est une remontée directe des policiers au préfet et la prise des décisions correspondantes. J’ai l’intention de faire de Rennes le laboratoire parfait d’expérimentation de ces techniques.
Le préfet lors de ses vœux ce mardi 6 janvier.Est-ce que des fermetures de commerces sont envisagées à Rennes ?
Effectivement, j’ai demandé l’ouverture de trois procédures de fermeture de commerces qu’on soupçonne de blanchir l’argent du trafic. Deux magasins devraient être fermés cette fin de semaine. Nous sommes dans une procédure contradictoire donc nous attendons le retour des commerçants. On voit fleurir des magasins plus ou moins éphémères ces derniers temps, des barber-shops par exemple. Tous devront rendre des comptes. Ceux qui participent d’une façon ou d’une autre au blanchiment seront fermés pour une durée limitée à six mois.
L’année dernière a été marquée à Rennes par de nombreuses fusillades et d’actions violentes en lien avec le trafic de stupéfiants. Allez-vous renforcer les effectifs ?
J’ai entendu les attentes niveau effectifs. Il faut une présence de voie publique importante. La police doit être vue. C‘ est la raison pour laquelle, en plus des effectifs qui sont mis à ma disposition, j’ai l’intention de demander aussi souvent que possible la présence de ce qu’on appelle les unités de forces mobiles, notamment les CRS. Nous avons la chance d’avoir la présence de la CRS 82 qui est basée à Saint-Herblain, qui est spécialisée contre les violences urbaines. Cette CRS est venue 78 fois sur Rennes l’année dernière. Elle apporte un concours très puissant pour lutter contre le trafic de drogue. Au total ce sont 120 opérations réalisées avec le concours d’unités mobiles dans le département l’an dernier.
Vous avez eu des mots durs sur la question d‘ ordre public aussi à Rennes. Quelle sera votre feuille de route ?
La France est une grande démocratie. On a beaucoup de chance. Il suffit de regarder le monde pour se rendre compte de la chance qu‘ on a. Dans cette chance, il y a la liberté de manifester, d’émettre des opinions. Et c’est le rôle de la police, du préfet aussi, de pouvoir garantir l’exercice de cette liberté. Or, ce qu’on constate à Rennes, c’est que vous avez des voyous, parce que ce sont des voyous, qui s’en prennent aux policiers. On a eu 68 policiers les gendarmes blessés l’année dernière, encore trois durant la nuit du Nouvel An. C’est évidemment insupportable. Et j’ai demandé aux forces de police et de gendarmerie de procéder systématiquement à des arrestations lorsqu’on a ce type de phénomène. Ce n’est pas normal de lancer des projectiles sur un policier.
Vous avez aussi rappelé que la délinquance du quotidien reste à un niveau élevé en Ille-et-Vilaine…
Oui, on a eu dans le département plus de 4000 faits de violence intrafamiliale. Trois femmes ont été tuées par leur compagnon. Les faits de cambriolages et de vols de voitures sont aussi nombreux. Les cambriolages sont en hausse de 7 % par rapport à l’année précédente. 300 personnes ont été mises en cause par les forces de l’ordre. De même, on a eu 51 morts sur les routes l’an dernier, c’est un mauvais chiffre. En 2024, c’était la même chose. On ne peut pas se satisfaire de ce chiffre.