BRUXELLES, 6 janvier (Reuters) – La Commission européenne semble en passe d’obtenir le soutien crucial de l’Italie pour un accord de libre-échange avec le bloc sud-américain Mercosur, ouvrant la voie à une signature dès la semaine prochaine malgré l’opposition renouvelée de la France.
L’Italie et la France avaient, le mois dernier, douché les espoirs d’un accord en décembre, affirmant ne pas être prêtes à l’approuver tant que les inquiétudes des agriculteurs face à un afflux de produits bon marché en provenance du Mercosur, notamment de la viande bovine et du sucre, ne seraient pas levées.
Mais la cheffe du gouvernement italien, Giorgia Meloni, a salué mardi la volonté exprimée par la Commission d’accélérer le déblocage de 45 milliards d’euros de soutien aux agriculteurs, qualifiant cette initiative de « pas positif et significatif ».
Une source européenne a ensuite indiqué que l’Italie voterait en faveur de l’accord commercial Mercosur lors d’une réunion prévue vendredi.
La Commission européenne a proposé mardi ce déblocage anticipé de certains fonds alloués à l’agriculture dans le prochain budget pluriannuel de l’Union européenne, avec l’espoir de rallier les pays membres hésitants dans le camp des partisans du traité de libre-échange avec le Mercosur.
« Afin de garantir la disponibilité de ressources supplémentaires dès 2028 pour répondre aux besoins des agriculteurs et des communautés rurales, je propose que les États membres aient accès, lors de la soumission de leur plan initial, à un maximum des deux tiers du montant normalement disponible pour l’examen à mi-parcours », a déclaré la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, dans une lettre adressée aux Etats membres et au Parlement européen.
« Cela représente environ 45 milliards d’euros qui peuvent être mobilisés immédiatement pour soutenir les agriculteurs », a-t-elle ajouté à la veille d’une réunion exceptionnelle des ministres de l’Agriculture des Vingt-Sept consacrée au Mercosur.
La Commission, soutenue par des pays comme l’Allemagne ou l’Espagne, espère signer lundi ce traité négocié depuis 25 ans mais a besoin pour cela d’obtenir l’aval des pays membres et d’éviter la constitution d’une minorité de blocage d’au moins quatre pays représentant 35% de la population du bloc communautaire.
La Pologne et la Hongrie étant opposées à l’accord, la France jugeant que le compte n’y est toujours pas, la position de l’Italie apparaît déterminante. Un vote des ambassadeurs des pays membres est programmé vendredi.
« INACCEPTABLE »
Rome et Paris ont conjugué leurs efforts le mois dernier pour empêcher la signature du traité dès le mois de décembre, réclamant des garanties supplémentaires pour leurs agriculteurs qui redoutent d’être submergés par un afflux de denrées à bas prix, de boeuf et de sucre notamment, provenant des quatre pays du « Marché commun du Sud » (Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay)
L’Italie n’est pas opposée à l’accord, ont redit mardi deux sources à Reuters, mais demande toujours des assurances, sur la réciprocité notamment, afin que les produits agricoles importés dans l’UE respectent les critères sanitaires et environnementaux européens.
Quant à la France, où la colère des agriculteurs reste vive depuis la crise de la dermatose nodulaire le mois dernier, sa ministre de l’Agriculture Annie Genevard a répété mardi, lors de la séance des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, que le projet d’accord « tel qu’il a été signé à Montevideo » en décembre 2024 par Ursula von der Leyen était « inacceptable ».
« Quand bien même le Conseil européen adopterait l’accord avec le Mercosur, c’est ensuite le Parlement européen qui va devoir se prononcer sur cet accord et ensuite ce sera une ratification. Donc en tout état de cause l’histoire n’est pas écrite et le combat n’est pas terminé », a-t-elle prévenu.
Outre la question de la réciprocité, la réunion de mercredi à Bruxelles se penchera sur la question du contrôle des produits importés et de leur teneur autorisée en résidus de pesticides, ont indiqué deux diplomates européens.
La Commission européenne devra également rassurer les pays membres sur la pérennité de la Politique agricole commune, alors que son projet de fusionner l’argent de la PAC et les fonds de cohésion régionale dans le budget 2028-2034 alarme les grands pays agricoles.
Dans sa lettre rendue publique mardi, Ursula von der Leyen réaffirme que le cadre pluriannuel garantira aux agriculteurs le versement d’une somme totale de 293,7 milliards d’euros.
(avec la contribution de Giselda Vagnoni à Rome et Bertrand Boucey à Paris, Jean-Stéphane Brosse pour le service français, édité par Sophie Louet)
par Philip Blenkinsop et Julia Payne