«Si la tendance se maintient, l’objectif climatique pour 2030» de réduire les émissions de 65% par rapport à 1990 «est menacé», assure le groupe d’experts Agora Energiewende.

Les émissions de gaz à effet de serre en Allemagne ont reculé de 1,5% en 2025 d’après un groupe d’experts, un rythme plus lent encore que celui des deux dernières années, mettant en péril les objectifs climatiques allemands, selon eux.

D’après l’étude annuelle d’Agora Energiewende publiée mercredi, l’Allemagne a réduit de 1,5% ses émissions en 2025, à 640 millions de tonnes d’équivalent CO2. C’est trop lent, préviennent clairement les experts : «Si la tendance se maintient, l’objectif climatique pour 2030» de réduire les émissions de 65% par rapport à 1990 «est menacé». D’autant que, selon cette source, la crise industrielle allemande est d’avantage responsable de la modeste baisse des émissions que des changements structurels dans l’économie.


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Pour 2025, l’Allemagne reste dans les clous fixés par la loi, «mais la protection du climat perd de la vitesse», estime Agora Energiewende. Les rejets de gaz à effet de serre avaient en effet chuté de 3% en 2024 par rapport à l’année précédente et d’environ 10% en 2023. Or, dès cette année jusque 2030, Berlin va devoir accélérer: il faudra économiser en moyenne 36 millions de tonnes d’équivalent CO2 par an, soit 4 fois plus qu’en 2025.

Le climat, un sujet pas prioritaire

L’an passé, de bons signaux ont semblé émaner de l’industrie, particulièrement énergivore, avec des émissions de CO2 qui ont dégringolé de 7,2%. Mais cela n’est dû qu’à la diminution de la production à cause d’une «demande faible et des marchés mondiaux tendus», notamment dans la chimie et la construction de machines. Agora Energiewende déplore que, de la crise sanitaire en 2020 aux droits de douane américain en 2025, la réduction des émissions soit «en grande partie liée aux crises» et non à des moyens de production plus propres.

Mauvais élèves de la transition énergétique, les bâtiments et les transports ont quant à eux d’avantage pollué à cause des températures plus froides et de la hausse des ventes de carburants. La baisse des investissements a «freiné la reprise économique et la transition vers une production climatiquement neutre», ajoute l’étude. Celle-ci relève néanmoins la part grandissante des renouvelables dans la demande d’électricité, grâce à un ensoleillement record en 2025. «Les efforts des dernières années portent leurs fruits», estiment les auteurs.

S’appuyant sur des enquêtes d’opinion, Agora Energiewende note que l’inquiétude face au changement climatique reste intacte, mais que d’autres thèmes ont pris d’avantage d’importance. Le débat s’est déplacé vers les questions de pouvoir d’achat et de sécurité, qui ont dominé la campagne législative de février remportée par les conservateurs. Priorité du précédent gouvernement, la poursuite des objectifs climatiques semble plus incertaine sous la coalition des conservateurs et sociaux-démocrates intronisée en mai. Depuis, «de nouveaux jalons en matière de politique énergétique et climatique se sont largement fait attendre», notent les experts.

Pour relancer l’économie, le chancelier Friedrich Merz défend plutôt un allègement des normes environnementales et a combattu à Bruxelles contre l’interdiction de la vente de moteurs thermiques neufs à partir de 2035. Quant à la ministre de l’économie Katherina Reiche, elle a promis de tailler dans les subventions, jugées trop généreuses, aux énergies propres. Le gouvernement doit organiser un «soutien ciblé pour les pompes à chaleur et les voitures électriques», et réviser rapidement la loi sur les énergies renouvelables et celle sur l’énergie des bâtiments, demande entre autres Agora Energiewende.