

En France, près de 20 % des adultes seraient aujourd’hui tatoués, avec une forte proportion des 18-34 ans. La pratique s’est banalisée, normalisée, presque dédramatisée. Pourtant, d’un point de vue médical, le tatouage reste un acte invasif. À chaque passage de l’aiguille, la barrière cutanée est franchie et des pigments étrangers sont introduits dans le derme.
Immédiatement, le système immunitaire entre en action. Rougeur, douleur, gonflement… Ces réactions sont les signes visibles d’une inflammation aiguë, classique et attendue.
Tatouage : l’encre voyage dans le corps
L’encre de tatouage ne reste pas figée sous la peau. Des travaux scientifiques récents ont montré que les pigments migrent progressivement vers les ganglions lymphatiques via le système lymphatique, un réseau essentiel à la défense immunitaire.
Ce phénomène a été observé chez l’animal, mais aussi chez l’humain, notamment lors d’interventions chirurgicales où des ganglions colorés ont été découverts chez des personnes tatouées. Ce n’est pas un détail anecdotique puisque les ganglions lymphatiques sont des organes clés de l’immunité, chargés de filtrer les agents étrangers et d’activer les cellules de défense.
Tatouage : une inflammation qui peut s’installer dans la durée Pourquoi l’encre migre-t-elle ?
Parce que le système immunitaire la considère comme un corps étranger. Les macrophages, cellules “éboueurs” de l’organisme, capturent les pigments pour tenter de les neutraliser. Mais ces cellules ne savent pas les dégrader. Alors l’encre s’accumule, et l’organisme maintient une réponse inflammatoire de faible intensité mais persistante.
Les chercheurs parlent d’une inflammation chronique à bas bruit. Elle ne provoque pas de symptômes évidents, mais elle mobilise durablement certaines cellules immunitaires. Et une activation prolongée du système immunitaire, même discrète, peut modifier son fonctionnement à long terme.
Une réponse immunitaire parfois modifiée
Dans des modèles animaux, des chercheurs ont observé que la présence de pigments de tatouage dans les ganglions pouvait influencer la réponse à certains vaccins. Chez la souris, par exemple, la production d’anticorps après un vaccin à ARN messager s’est révélée plus faible lorsque l’injection était réalisée à proximité d’une zone tatouée.
Ces résultats ne signifient pas que les vaccins sont inefficaces chez les personnes tatouées. Chez l’humain, aucune donnée solide ne permet aujourd’hui d’affirmer une diminution de la protection vaccinale. Mais ces observations soulignent que le tatouage n’est pas biologiquement neutre. Il peut interagir avec les mécanismes de l’immunité adaptative.
Tatouage et immunité : que disent les autorités sanitaires françaises ?
En France, les autorités de santé reconnaissent depuis longtemps les risques immédiats liés au tatouage :
En revanche, l’impact immunitaire à long terme reste encore peu documenté chez l’humain. La composition des encres est un sujet de vigilance croissante. Certaines contiennent des pigments issus de l’industrie, parfois associés à des métaux lourds ou à des substances potentiellement irritantes. L’Union européenne a récemment renforcé la réglementation, interdisant ou limitant plusieurs centaines de composés chimiques dans les encres de tatouage. Une avancée importante, mais qui ne répond pas à toutes les questions.
Les tatouages provoquent-ils des cancers ?
Ces dernières années, certaines études épidémiologiques ont suggéré une association possible entre tatouages et cancers du système lymphatique, notamment les lymphomes. Les chercheurs restent toutefois extrêmement prudents. Les données disponibles montrent au mieux un signal statistique faible, insuffisant pour établir un lien de causalité.
À ce stade, rien ne permet d’affirmer que se faire tatouer augmente significativement le risque de cancer. Mais le fait que des pigments s’accumulent durablement dans les ganglions lymphatiques justifie que la recherche poursuive ses investigations.
À SAVOIR
Certaines encres, notamment noires, rouges ou foncées, peuvent contenir des métaux ferromagnétiques (fer, nickel, chrome, cobalt).. Lors d’un examen IRM, cela peut provoquer de rares sensations d’échauffement ou de brûlure cutanée. Le risque est faible mais reconnu par les autorités sanitaires françaises.


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