– Publié le 07 Jan 2026 à 19:10
Essoufflé en montant un étage, une toux qui ne passe pas : derrière ces signes banals se cache parfois la BPCO, maladie respiratoire encore méconnue. Comment ce trouble pourrait-il déjà concerner 1 adulte français sur 10 sans que vous le sachiez ?
Grimper deux étages et s’arrêter, le souffle court, mettre sa toux du matin sur le compte de la cigarette ou du froid, s’essouffler en faisant son lit… Beaucoup de Français vivent cela, parfois depuis des années, en pensant qu’il s’agit simplement d’un manque d’entraînement ou de l’âge qui avance. En arrière-plan, une maladie respiratoire chronique peut pourtant être en train de s’installer sans bruit dans les poumons.
Cette maladie, c’est la Bronchopneumopathie chronique obstructive, plus connue sous le sigle BPCO. Elle se caractérise par une obstruction permanente et progressive des voies aériennes et figure parmi les grandes causes de mortalité dans le monde. En France, Santé publique France estime qu’elle touche 5 à 10 % des plus de 45 ans, et des travaux évoquent près de 10 % de la population adulte concernée, alors que plus de 1 300 000 personnes étaient déjà identifiées comme traitées pour BPCO entre juillet 2021 et juin 2022. Une part considérable de la population, pour une maladie encore largement méconnue.
BPCO : une maladie respiratoire chronique qui abîme durablement les poumons
Dans la BPCO, les bronches subissent une irritation répétée pendant des années, le plus souvent à cause de la fumée de tabac ou d’un air chargé en polluants. Leurs parois s’épaississent, s’enflamment, produisent davantage de mucus, ce qui rétrécit peu à peu le calibre des voies respiratoires. L’air a alors de plus en plus de mal à circuler, surtout à l’expiration, un peu comme si l’on devait respirer à travers un tube qui se rétrécit avec le temps. Les alvéoles pulmonaires peuvent aussi se détruire, entraînant un emphysème.
Contrairement à l’asthme, où l’obstruction est en grande partie réversible entre les crises, les lésions de la BPCO ne reviennent pas en arrière une fois installées. Quand la paroi des alvéoles est détruite, elle ne se reconstruit pas. Au fil des années, la capacité respiratoire baisse, l’essoufflement apparaît d’abord à l’effort puis pour des gestes du quotidien. Par crainte de cette gêne, beaucoup de patients bougent moins, ce qui déconditionne les muscles, aggrave encore le souffle court et finit par peser sur l’autonomie comme sur le moral.
Essoufflement, toux, comorbidités : des signaux souvent pris à la légère
Le premier piège de la BPCO vient de la banalisation de ses symptômes. Une toux qui revient tous les jours pendant plus de trois mois par an, des crachats surtout le matin, des bronchites qui n’en finissent pas, des rhumes qui “descendent sur la poitrine”, un essoufflement pour marcher sur du plat ou monter un étage sont fréquemment mis sur le compte d’un simple rhume, d’allergies ou du tabac “habituel”. Pourtant, ces signes répétés méritent un bilan respiratoire, surtout après 40 ou 45 ans.
- Toux quotidienne depuis plus de trois mois par an
- Crachats ou glaires, surtout au réveil
- Bronchites ou infections respiratoires à répétition
- Essoufflement pour des activités simples du quotidien
- Tabagisme actuel ou passé, ou métier exposé aux fumées et poussières
Chez les patients déjà diagnostiqués et traités pour BPCO en France, les études montrent un véritable fardeau de santé. Parmi plus de 1 300 000 personnes identifiées, 57 % recevaient un traitement pour insuffisance cardiaque et 47 % pour une autre pathologie cardiovasculaire, 19 % pour un diabète et 41 % pour anxiété, dépression ou autre pathologie psychiatrique. Plus de la moitié avaient présenté au moins une exacerbation modérée de BPCO dans l’année, c’est-à-dire une aggravation aiguë des symptômes nécessitant un traitement supplémentaire. Dans la cohorte française PALOMB, qui suit 3 228 patients, 26,6 % des personnes étaient décédées au 20 juin 2022, avec une mortalité plus élevée chez les hommes (31,2 %) que chez les femmes (18,6 %). Ces chiffres illustrent à la fois la gravité de la maladie et le poids des maladies associées.
BPCO : qui doit se faire dépister et comment ?
La bonne nouvelle, c’est qu’un test simple permet de confirmer ou d’exclure une BPCO : la spirométrie. Le principe est concret : la personne inspire profondément puis souffle le plus fort et le plus longtemps possible dans un appareil qui mesure les volumes et les débits d’air. L’examen est indolore, rapide, réalisable en ville. Pourtant, le recours au spécialiste reste limité. Sur les données de la base IQVIA, « le recours aux pneumologues paraît faible, souligne le Pr Nicolas Roche (Service de pneumologie et soins intensifs respiratoires, hôpital Cochin, AP-HP Paris) l’investigateur principal de l’étude. Au cours de cette période d’un an, seuls 13 % de ces patients traités pour BPCO ont consulté un pneumologue, 63 % un médecin généraliste et 24 % à la fois un pneumologue et un médecin généraliste », cité par Medscape. Le médecin traitant joue donc un rôle clé pour proposer un test de souffle dès les premiers signes.
Le dépistage concerne en priorité les personnes de plus de 45 ans qui fument ou ont fumé longtemps, surtout en cas de toux chronique, d’essoufflement inhabituel ou de bronchites répétées, mais pas seulement. Le tabac reste à l’origine d’environ 80 % des cas, et l’environnement (pollution atmosphérique, fumées domestiques, expositions professionnelles dans le bâtiment, l’agriculture, le textile ou le nettoyage) compte aussi. Des travaux de l’Institut Pasteur ont montré qu’une variation d’un gène, appelé CHRNA5 et présente chez environ 37 % de la population européenne, pouvait fragiliser l’épithélium des voies respiratoires et favoriser un emphysème même chez des non-fumeurs. « Cette version du gène constituerait un facteur de prédisposition génétique à la maladie, indépendamment du tabagisme. La BPCO survenant à la suite de lésions répétées des tissus des voies aériennes, provoquées par d’autres molécules tels que des polluants atmosphériques », commente Philippe Birembaut (ancien chef de service au CHU de Reims), cité par l’Institut Pasteur. D’où l’intérêt, pour toute personne exposée et gênée par sa respiration, de parler de son souffle à son médecin plutôt que de laisser la BPCO évoluer dans l’ombre.