Dans le cadre d’un récent entretien avec un journal, un neurochirurgien français n’a pas mâché ses mots quant à l’utilisation du smartphone. Selon l’intéressé, une utilisation intensive de ce type d’appareil est susceptible de provoquer une atrophie de certaines zones cérébrales, dont l’hippocampe. Sans aucun doute, ce genre de déclaration questionne davantage le rapport humain à la technologie.

Des atteintes à la cognition, principalement la mémoire

Depuis quasiment deux décennies, les téléphones portables font régulièrement l’objet d’études scientifiques relatives à différents aspects, dont la cognition et la dépendance. En 2015 déjà, les chercheurs d’une étude canadienne avaient affirmé que les smartphones rendaient les utilisateurs intellectuellement paresseux. Le principal problème n’est autre que le recours à ce genre d’appareil pour répondre à des questions, reléguant ainsi la capacité de raisonnement au second plan.

Ces travaux sont à mettre en lien avec les déclarations récentes de Marc Tadié, professeur et ancien chef du service de neurochirurgie de l’Hôpital Bicêtre AP-HP, en région parisienne. Dans le cadre d’un entretien avec Le Figaro publié le 16 décembre 2025, l’expert avait affirmé que plus les utilisateurs délèguent des tâches à leur smartphone, plus leur mémoire s’atrophie. Ces tâches peuvent prendre différentes formes, qu’il s’agisse de calculs en tout genre, d’itinéraires GPS et autres questions posées à des chatbots tels que ChatGPT.

Rappelons que, si le cerveau n’est pas un muscle, son fonctionnement reste similaire. En effet, toute absence ou baisse d’exercice réduit son volume et donc, son efficacité. Pour Marc Tadié, la zone du cerveau la plus exposée n’est autre que l’hippocampe, celle-ci étant cruciale pour la mémoire, la navigation spatiale mais également, la régulation émotionnelle et donc, l’encodage des souvenirs.

smartphone ado adolescentCrédit : Diy13 / iStock

Une inquiétante externalisation de la pensée

Le neurochirurgien français va plus loin dans son analyse car selon lui, la dépendance aux smartphones ne se limite pas au manque d’exercice cérébral. Cette même dépendance serait à l’origine d’une « externalisation de la pensée »,dont les conséquences sont potentiellement catastrophiques. Autrement dit, l’affaissement de la mémoire s’accompagnerait d’une réduction d’autres fonctions cognitives très importantes. Citons l’imagination, l’attention ou encore, la capacité à établir des liens forts entre les informations qui nous parviennent.

De plus, le constat gagne davantage en pessimisme lorsque l’on évoque l’addiction aux écrans. Marc Tadié a comparé les mécanismes neurobiologiques de leur utilisation à ceux des drogues dures. Dans les faits, chaque interaction ou notification libère de la dopamine, l’hormone du plaisir et de la récompense. Or, dans la mesure où les algorithmes – surtout au niveau des réseaux sociaux – ont été pensés pour maximiser le temps d’écran des utilisateurs, il s’agit d’un véritable piège mêlant forte dépendance et atteintes sévères à la cognition.

Enfin, les dérives sont nombreuses, certains travaux ayant notamment conclu à une baisse générale de l’empathie et à une difficulté accrue quant à la capacité d’appréhender certaines expressions faciales traduisant des sentiments comme la tristesse, la compassion ou encore, la peur. D’autres phénomènes ont fait leur apparition ces dernières années, par exemple la nomophobie. Les personnes concernées ressentent de l’anxiété, voire même de la panique lorsque ces dernières se retrouvent sans leur smartphone, ou font face à une absence de réseau. En 2017, une enquête avait permis de découvrir que 60 % des étudiants en première année de médecine souffraient de nomophobie modérée, dont 21% de nomophobie sévère.