Au cours de la campagne des élections européennes en 2024, Sarah Knafo avait dit beaucoup hésiter avant de sauter le pas. Conseillère de l’ombre et compagne d’Éric Zemmour, elle était devenue actrice du jeu politique, se hissant à la troisième place de la liste menée alors par Marion Maréchal. Désormais élue eurodéputée, Sarah Knafo confirme qu’elle a bel et bien pris goût à la bataille électorale.

Ce mercredi soir, invitée au JT de TF1, elle a confirmé qu’elle serait candidate aux municipales à Paris. Après des semaines de rumeurs et de flous entretenus, la très médiatique élue d’extrême droite a donc décidé de mettre fin au suspense. Sa candidature, qui aurait été préparée depuis des semaines, selon les membres de Reconquête Paris, vient compléter la ligne de départ de la bataille de la capitale.

Elle fera face, les 15 et 22 mars prochains, à la liste d’union de la gauche, menée par le socialiste Emmanuel Grégoire, au candidat du parti d’Edouard Philippe (Horizons), Pierre-Yves Bournazel (soutenu par Renaissance), à Sophia Chikirou (LFI), Thierry Mariani (RN-UDR) et Rachida Dati (LR-UDI-MoDem).

Encouragée par le nouveau mode de scrutin

Celle qui dit refuser de voir la ville de Paris « décliner » a déjà listé, sur le plateau de TF1, ses « adversaires »: « la dette », « la gabegie », « les embouteillages »… Et a commencé à égrainer quelques propositions : un « plan d’économies de 10 milliards d’euros » ou un « plan pour diviser par deux la taxe foncière ».

En privé, Sarah Knafo reconnaît que le changement de mode de scrutin (les Parisiens voteront deux fois, une fois pour une liste « centrale » qui déterminera le nom du maire de Paris, une autre pour élire le maire de leur arrondissement) a compté dans sa décision. Car elle considère que cette modification « politise la campagne ».

Directement opposée à Dati ou à l’ancien premier adjoint d’Anne Hidalgo, elle figure davantage en première ligne. Si, en décembre, elle hésitait encore un peu à se présenter, c’était justement par crainte que les débats budgétaires s’enlisent au Parlement, la privant des lumières médiatiques. La réforme du mode de scrutin rend le vote « plus politique et un vote d’humeur plus imprévisible », estime-t-elle, soucieuse de faire bouger les lignes dans la capitale.

Avant l’officialisation de sa candidature, Sarah Knafo partageait la dernière place des sondages avec Thierry Mariani, le candidat du parti de Jordan Bardella, et était créditée de 7 % des intentions de vote. Une estimation en hausse, par rapport aux précédentes élections dans la capitale.

Le 15 mars prochain, elle visera la barre des 10 %, nécessaire pour atteindre le second tour. Des listes Reconquête du parti d’Éric Zemmour devraient d’ailleurs être soumises au vote dans chacun des arrondissements. Âgée de 32 ans, Sarah Knafo pourrait être cheffe de file dans le XVIe arrondissement, où Éric Zemmour était arrivé en deuxième position, lors de l’élection présidentielle en 2022 (et troisième, dans toute la capitale).

« Son pari, c’est de tendre la main à Dati au second tour »

Il y a quelques jours, interrogée sur sa probable candidature, elle avait entretenu le flou. « Je verrai si je considère que les Parisiens ont déjà le candidat qu’ils méritent », jugeait celle qui prône « l’union des droites ». Sarah Knafo avait expliqué que si elle se lançait dans la bataille, ce serait avec l’objectif que la gauche perde Paris. Elle se défendait de vouloir diviser la droite, Rachida Dati (LR) étant aujourd’hui portée par 27 % des intentions de vote. Sur TF1, elle a même refusé d’exclure de travailler avec la ministre, si celle-ci gagnait les municipales : « Je suis prête à travailler avec ceux qui partagent mon programme », a-t-elle fait valoir.

Reconquête avait même laissé entrevoir la possibilité de rejoindre le camp de la ministre de la Culture, à l’issue du premier tour. « Son pari, c’est de tendre la main à Dati au second tour », croit savoir un ponte LR. Mais la porte a été sèchement refermée par l’entourage de Rachida Dati. La principale opposante à Anne Hidalgo a d’ores et déjà annoncé que sa liste du premier tour serait inchangée au second tour. Enfin, concernant l’autre liste d’extrême droite, menée par l’eurodéputé Thierry Mariani (RN), tout rapprochement semble écarté par les deux camps.

Un jeu à quitte ou double pour Sarah Knafo, qui réfléchit déjà à une éventuelle candidature à l’élection présidentielle en 2027. « Elle veut cranter en devançant le RN à Paris. Mais, après, c’est six années au Conseil de Paris sans lumière médiatique », met en garde le chef d’un parti politique.

Si elle parvient à y avoir un groupe, Sarah Knafo pourra quand même s’en servir pour médiatiser son action sur les réseaux sociaux, comme elle le fait déjà avec succès à Strasbourg. Si elle échoue, menant pour la première fois une bataille sous son nom, la route d’une candidature présidentielle semblerait plus escarpée. « Elle, elle n’a clairement pas le même enjeu que moi », sourit l’un des candidats parisiens sur la ligne de départ. Lui n’a pas l’Élysée en ligne de mire.

Interrogée sur ses ambitions présidentielles sur TF1, Sarah Knafo a répondu qu’elle renonçait à cet objectif. « Si on redresse la capitale, on redressera toute la France », a-t-elle conclu, démontrant que son regard porte néanmoins toujours bien au-delà du périphérique.