En plein bras de fer avec Bruxelles, Paris a publié un arrêté suspendant les importations en France de produits agricoles sud-américains traités avec des pesticides non autorisés dans l’UE.

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Publié le 07/01/2026 19:25

Temps de lecture : 3min

La M7, à Lyon, est bloquée par des agriculteurs depuis le 5 janvier 2026. (NICOLAS LIPONNE / MAXPPP)

La M7, à Lyon, est bloquée par des agriculteurs depuis le 5 janvier 2026. (NICOLAS LIPONNE / MAXPPP)

« Le combat sera mené jusqu’au bout », affirme Annie Genevard, la ministre de l’Agriculture, au sujet du traité avec le Mercosur. Alors qu’une réunion exceptionnelle des ministres européens de l’Agriculture se déroule, mercredi 7 janvier, à propos de l’accord commercial avec les pays d’Amérique latine, la France est désormais minoritaire dans son opposition à ce projet.

Les agriculteurs sont vent debout contre cet accord, qui instaurerait, selon eux, une concurrence déloyale entre producteurs français et sud-américains, notamment en termes d’utilisation de pesticides. Paris a fait monter la pression sur Bruxelles en publiant un arrêté suspendant les importations en France de produits agricoles sud-américains, comme les avocats, les goyaves et les mangues, traités avec des fongicides et herbicides non autorisés dans l’UE. Comment réagissent les premiers concernés mobilisés sur le terrain ?

Au sud de Lyon, les agriculteurs tiennent, depuis lundi à l’aube, le blocage sur la M7. Installés au milieu d’une deux fois deux voies, ils tentent de se réchauffer auprès d’un chauffage d’appoint sous un grand barnum blanc, et deviennent moqueurs face à la dernière annonce du gouvernement. « C’est un peu comme si je disais que je vais aller éponger le Rhône avec un gobelet de deux centilitres parce qu’ils annoncent 300 millimètres d’eau. Là, c’est n’importe quoi, tout ça, c’est de la foutaise », persifle Thierry Sénéclauze, agriculteur dans la Drôme.

« La pêche sera impossible à produire en France, en bio ou en conventionnel, en 2026, parce qu’on n’a plus rien pour lutter contre le puceron, on n’a plus rien pour lutter contre la cloque. »

Bruno Ferret, maraîcher dans le Rhône

à franceinfo

Bruno Ferret, maraîcher près de Lyon, serait, lui, directement concerné par la suspension de l’importation de fruits traités avec des produits non autorisés dans l’UE, sauf que « ce ne sont que des choses qu’on ne produit pas en France, donc il n’y a aucun impact », souligne-t-il. « Le gros problème qu’on a en fruits et légumes, reprend le maraîcher, ce sont les importations directes de nos pays voisins, donc d’Espagne et d’Italie, qui n’ont pas du tout les mêmes règles. Le Mercosur, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. C’est une augmentation de ce qu’on subit déjà depuis des années avec nos pays limitrophes. »

Lorsque la préfète du Rhône, Fabienne Buccio, vient vers eux pour une prise de contact, les agriculteurs lui listent les phytosanitaires en question, et qui leur manquent. « Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir », leur lance la représentante de l’État. « Mais le problème, c’est qu’on va bientôt ne plus être en vie », lui rétorque-t-on.

« C’est déjà un pas important. »

Fabienne Buccio, préfète du Rhône

face aux agriculteurs

La préfète tente d’expliciter les derniers positionnements de la France et donc la suspension de certaines importations : « C’est ce qu’on appelle les mesures miroirs, de manière à ce que dans notre pays, on ne reçoive pas de produits qui auraient bénéficié de traitements interdits chez nous. Ça semble normal et de la bonne intelligence, mais il faut le faire et ce n’est pas si simple. Il y a aussi l’annonce d’une brigade spécialisée pour effectuer ces contrôles-là, sur les produits qui entrent chez nous. On parle aussi des sujets européens, c’est pour ça que la ministre, d’ailleurs, demande que tous les pays européens soient soumis aux mêmes décisions. »

Il n’y a pas eu d’avancée immédiate à l’issue de la rencontre, mais des arguments ont été échangés dans le calme de part et d’autre. Et le blocage se poursuit, tandis que les automobilistes prennent leur mal en patience sur les itinéraires bis.