Âgés de 14 à 19 ans, cinq adolescents ont traversé des déserts et des mers, seuls. Arrivés à Marseille, ces filles et garçons portent en eux l’espoir brûlant d’une nouvelle vie. Ils apprennent un métier, un pays, des habitudes et pour certains une langue. « Tout va bien » répètent-ils obstinément à leurs familles. Mais le véritable voyage ne fait que commencer…
Notre avis
Thomas Ellis a passé plus de cinq ans à mettre au point Tout va bien, projet qui touche à l’immigration, avec l’intention farouche de détourner les clichés qui lui sont liés. L’entreprise n’est pas nouvelle : on se souvient par exemple de l’émouvante Histoire de souleymane de Boris Lojkine sortie l’an dernier, mais le réalisateur se différencie en délaissant au maximum la fiction pour privilégier le documentaire.
Sans atteindre la précision d’un Sébastien Lifshitz (Adolescentes, Madame Hoffman) en la matière, dont le sens du récit est moins scolaire et dont la capacité d’immersion est deux, voire trois crans au-dessus, le réalisateur signe un film humble, à hauteur d’homme. Une qualité qui se mue parfois en défaut, avec une tendance à tomber dans la bien-pensance – Ellis a par exemple fait valider les images par ses cinq acteurs principaux –, ce qui donne l’impression d’assister à une œuvre assez lisse. Cela n’empêchera pas les spectateurs d’éprouver de l’empathie envers ces jeunes, déterminés à se construire un avenir, loin de pays où ils ont connu la misère et/ou la guerre. Les questions d’intégration, de la barrière de la langue, d’apprentissage d’un métier, les rendez-vous avec les différentes institutions avec les aides mais aussi les barrières (vérifications de l’âge) qui vont avec. La relation aux parents, restés au pays et dont certains ne comprennent pas l’exil ni le mode de vie différent, complètent l’ensemble. Que cela passe par la voie des soins, des travaux manuels ou du rêve de conquérir les stades en devenant footballeur, on sent le désir de croquer la vie à pleines dents.
Accompagné par des compositions enregistrées avec l’Orchestre philharmonique de l’Opéra de Marseille, le film se permet quelques envolées lyriques et stylistiques, plutôt bien insérées qui viennent créer des respirations avec le schéma un peu trop académique des parcours de vie. Quant à la cité phocéenne, ville cosmopolite par excellence, elle est représentée dans sa diversité, avec un soin d’éviter le côté carte postale qui aurait fait perdre toute la crédibilité de l’ensemble. En découle un documentaire généreux, qui à défaut de renouveler le genre, va constamment de l’avant et a le mérite de sensibiliser sur un sujet délicat.
« Tout va bien », de Thomas Ellis (France). Documentaire. 1 h 26. Notre avis : 3/5.