C’est un projet qui a failli ne jamais voir le jour. Après une décennie d’atermoiements, le quartier Montparnasse (VIe-XIVe-XVe) s’apprête enfin à tourner la page de son urbanisme hérité des années 1970. Ce mercredi, la Ville de Paris et les copropriétaires de l’Ensemble immobilier de la tour Maine Montparnasse (EITMM) ont signé un protocole qui acte la restructuration complète, et dès 2028, du centre commercial aujourd’hui à l’abandon. Un projet porté par l’architecte star Renzo Piano.

« Le centre commercial déclinait d’année en année », constate Anne Hidalgo. Pour la maire (PS) de Paris, il était hors de question de « laisser cette verrue » à ses successeurs. « Ce n’est pas raisonnable ni respectable », insiste-t-elle. L’opération, prévue sur 4 ans, s’aligne avec les deux autres rénovations majeures imminentes de la tour Montparnasse — qui sera entièrement vidée au 31 mars — et de l’immeuble cubique, autrefois le Centre international du textile (CIT).

Renzo Piano, « sobriété » et « folie »

À eux trois, ils définissent un « projet Montparnasse » officiellement dans les starting-blocks. « Les premiers coups de pioche de la tour et du CIT seront donnés en 2026 » , assure l’un des principaux copropriétaires, pour des travaux prévus respectivement sur 4 et 2 ans. Un soulagement pour Philippe Goujon, maire (LR) du XVe. « C’est une très grande satisfaction car ce projet va faire renaître ce quartier. Il aura fallu au moins trois mandats pour en arriver là », remarque l’élu.

Ce mercredi soir à l’Hôtel de Ville, Renzo Piano, 88 ans, a lui-même présenté le devenir d’une des trois pierres angulaires de ce site : le centre commercial. « C’est un projet auquel je tiens beaucoup, à Paris, ville qui m’a adopté », confie l’architecte italien, qui multiplie les réalisations dans la capitale. « Après Beaubourg, la fondation Pathé, le tribunal, et en ce moment l’hôpital de Paris Nord, place à Montparnasse. »

Paris, 2026. Sur la dalle sur centre commercial, l'architecte Renzo Piano prévoit une place centrale, de nouveaux arbres, des liaisons confortables avec les rues voisines et des équipements sportifs et culturels. RPBWParis, 2026. Sur la dalle sur centre commercial, l’architecte Renzo Piano prévoit une place centrale, de nouveaux arbres, des liaisons confortables avec les rues voisines et des équipements sportifs et culturels. RPBW

Son parti pris ? La « sobriété ». Contrairement à des précédents projets inaboutis, dont l’un d’eux « n’était pas conforme, dépassait la parcelle, ne fonctionnait ni sur le volet économique, ni sur le volet écologique », explique Germain Aunidas, représentant d’Axa, l’un des principaux investisseurs, Renzo Piano promet une certaine forme de « raccommodage », avec seulement 18 % de déconstruction.

L’architecte imagine « une promenade » avec 151 arbres. Le rez-de-chaussée sera ouvert, avec une place centrale de 40 x 40 mètres entourée de restaurants, terrasses et d’immeubles aux dimensions haussmanniennes. Exit donc le centre commercial fermé et la dalle de béton qui coupait le quartier du reste de la ville. L’objectif : permettre au piéton de rejoindre confortablement la rue de Rennes depuis la gare Montparnasse, et relier plus facilement les rues du Départ et de l’Arrivée. Une résidence étudiante de 5 000 m2 est également prévue.

Le projet de Renzo Piano prévoit des terrains de sport à ciel ouvert sur les toits des immeubles. RPBWLe projet de Renzo Piano prévoit des terrains de sport à ciel ouvert sur les toits des immeubles. RPBW

Renzo Piano s’offre aussi « un brin de folie » avec ce grand équipement culturel de près de 1 500 m2 dédié aux arts contemporains et à la musique qui sera accessible par des ascenseurs panoramiques. Et par ces six terrains de sport en plein ciel — padel, tennis, foot à cinq — qui seront disposés sur le toit de ces immeubles, « Les toits de Paris sont l’endroit le plus merveilleux », s’enthousiasme-t-il.

Une première « vision d’ensemble »

« Aujourd’hui, ce projet est le résultat d’un long effort », reconnaît Frédéric Lemos, représentant de NRS, l’un des principaux investisseurs (dont Xavier Niel est actionnaire). Il salue « la ténacité de la Ville de Paris qui nous a beaucoup aidés ». Le projet a en effet considérablement évolué depuis « Demain Montparnasse » en 2013. « C’est la première fois que nous avons une vision d’ensemble », se félicite Germain Aunidas.

Il faut dire que, ces derniers mois, le nombre de copropriétaires a drastiquement baissé, passant à moins d’une trentaine aujourd’hui dans la tour, sera divisé par deux au CIT et est d’une petite trentaine dans le centre commercial, tandis que les échanges se sont intensifiés entre les différents acteurs dès le lendemain des Jeux de Paris 2024.

Entre-temps, un permis modificatif a été déposé fin 2025 concernant spécifiquement la tour Montparnasse, qui restera à usage principal de bureaux, pour obtenir un certain consensus quant à sa rénovation qui faisait l’objet de points de crispation au sein des copropriétaires, mais également dans la classe politique parisienne.

La tour justement, souvent décriée, voit ses étages, encore occupés à 30 % il y a quelques semaines, presque tous se vider. « Ses copropriétaires ont voté à 99,5 % en faveur de la recommandation amicalement suggérée par les instances préfectorales d’accélérer le processus », confirme Frédéric Lemos.

« Cette affaire avait trop traîné »

« Cette affaire avait trop traîné. Nous sommes parvenus à un point d’équilibre et, aujourd’hui, c’est le projet Montparnasse le plus réaliste », estime Philippe Goujon. Pour le centre commercial, les permis de construire ont été déposés en novembre 2025. Le public pourra s’exprimer avant l’été lors d’une participation électronique.

L’investissement privé se chiffrera en plusieurs centaines de millions d’euros, en plus des 600 millions d’euros et quelques nécessaires à la tour et des dizaines de millions pour le CIT. La Ville de Paris, elle, financera la rénovation des espaces publics du quartier, notamment les rues du Départ et de l’Arrivée, ainsi que la place du 18-Juin-1940. Après la rénovation de sa gare, Montparnasse, quartier emblématique de la rive gauche s’apprête à retrouver son âme.