Vendredi matin à huit heures,  les propriétaires du bar « La Constellation » seront interrogés par la police judiciaire à Sion. Depuis le 3 janvier, soit deux jours après le drame qui a dévastéplus d’une centaine de familles, Jacques et Jessica Moretti sont visés par une instruction pénale, équivalent suisse d’une mise en examen pour « homicide par négligence », « lésions corporelles par négligence » et « incendie par négligence ». Ils sont présumés innocents.

L’enquête devra déterminer les défaillances de normes de sécurité et de contrôles. La Procureure générale a déjà indiqué que les enquêteurs devront déterminer si la mousse acoustique posée au plafond et sur les murs lors des travaux d’aménagement de 2015 est « conforme ou non » et si elle a été posée « avec ou sans autorisation ». De nombreux commentaires ont fusé pour accuser le laxisme de la commune de Crans-Montana vis-à-vis des établissements tenus par les Moretti dont les employés corses se sont illustrés en malmenant des journalistes. 

La ville se refuse aujourd’hui d’ajouter des commentaires. Les avocats des parties civiles Me Sébastien Fanti, Me Romain Jordan et Me Jean-Luc Addor ont,pour leur part, émis de nombreuses critiques sur la tenue de l’enquête. Ils ont déploré que l’affaire soit confiée à l’Office régional du Valais Central qui compte une dizaine de procureurs et ne semble pas assez solide pour instruire une affaire d’une telle ampleur. Il aurait fallu, selon eux, que la direction centrale soit saisie, ceci aussi afin d’éloigner toute suspicion de collusions au niveau local. Les parties civiles ont également regretté d’être exclus des auditions des prévenus comme celle qui aura lieu demain matin.

Des témoignages mais pas de preuves

La nouvelle qui a fait le plus de bruit aujourd’hui est une prétendue vidéo dans laquelle Jessica Moretti serait apparue s’échappant dans la rue la nuit de l’incendie tenant la caisse dans les mains. L’origine de cette rumeur est une information publiée par La Repubblica. D’après le quotidien italien, plusieurs victimes auraient livré un témoignage concordant selon lequel la gérante du « Constellation » se serait échappée avec la caisse sous le bras laissant derrière elle le bar en flamme avec des victimes. 

Toujours selon la Repubblica, la police ayant recueilli ces témoignages se serait aussitôt mise en quête de contrôler les images filmées la nuit du drame par les caméras de la ville. Des télévisions italiennes, citant des « sources judiciaires italiennes », ont ensuite annoncé que cette vidéo existe. Pourtant aucune enquête judiciaire n’a, à ce stade, été lancée en Italie. Quant à la vidéo, rien n’indique aujourd’hui que les policiers l’aient retrouvée, si tant est qu’elle existe. « Cette histoire nous embarrasse un peu », avoue un journaliste italien d’un célèbre quotidien qui reconnait que personne n’a, à ce jour, reçu l’information de source fiable. L’un des avocats des parties civiles nous dit, en off, ne pas avoir vu ces images. 

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En Italie, le drame a pris des tournures politiques. Comme le président français Emmanuel Macron, le président italien Sergio Matarella assistera demain à la cérémonie qui aura lieu à Martigny. Le vice-Président du Conseil des ministres Matteo Salvini, président de la Lega parti de droite nationaliste, a déclaré quant à lui que « dans la Suisse civilisée, des portes de prison devront s’ouvrir pour un certain nombre de personnes ». Le commentaire vise les époux Moretti. L’ambassadeur d’Italie en Suisse a ensuite rectifié la déclaration véhémente de Salvini assurant dans une interview au média Blick que « le ministre [italien] des Affaires étrangères a toute confiance dans la justice et les autorités suisses ».

L’ambassadeur Gian Lorenzo Cornado s’est permis de lister les défaillances ayant amené la mort tragique de 40 jeunes et les 116 blessés : « absence totale de mesures de sécurité », « absence de système de détection de fumée et d’extinction », « pas de sortie de secourspraticable », « plafond inflammable ». Il a aussi accusé les propriétaires de s’être comportés« de manière irresponsable » et conclut : « la commune de Crans-Montana, comme l’a reconnu son président Nicolas Féraud lui-même, a négligé ses obligations de contrôle ».