Depuis début novembre, un groupe de militant·es pro-palestinien·nes sont en grève de la faim au Royaume-Uni, et leur état de santé s’est brutalement aggravé : les médecins et soutiens parlent désormais d’un risque de décès imminent. Heba Muraisi entamait ce jeudi son soixante-septième jour sans nourriture, dépassant les soixante-six jours de Bobby Sands, prisonnier politique mort en 1981 lors de la grève de la faim des prisonniers républicains irlandais sous Margaret Thatcher.

La militante souffre de spasmes musculaires sévères et de difficultés respiratoires, symptômes laissant craindre des atteintes neurologiques graves. Kamran Ahmed, actuellement à son soixantième jour de grève, a été hospitalisé à plusieurs reprises, présente des pertes auditives intermittentes et se trouve dans une phase critique du jeûne. Lewie Chiaramello, atteint de diabète de type 1, mène une grève intermittente depuis environ quarante-six jours, une situation qui accroît encore les risques vitaux auxquels il est exposé.

Alors que tous trois risquent la mort, le gouvernement travailliste fait la sourde oreille et les maintient emprisonnés, au nom de la loi anti-terroriste.

Une grève de la faim historique

Les Filton 24 sont vingt-quatre militant·es de Palestine Action (groupe de soutien à la Palestine interdit au Royaume-Uni et classé « organisation terroriste »), incarcérés depuis des mois pour avoir mené une action contre un site de l’entreprise d’armement israélienne Elbit Systems à Filton, près de Bristol, en août 2024.

Début novembre, huit prisonniers ont décidé de mettre leur vie en jeu pour exiger la libération sous caution immédiate des prisonniers en détention provisoire, la déproscription de Palestine Action, l’abandon des poursuites liées au « terrorisme », mais aussi la publication des documents liés à Elbit et aux communications entre États britannique et israélien, et la rupture des partenariats.

Cinq personnes ont dû arrêter leur grève de la faim après plusieurs semaines sans nourriture, sous la contrainte médicale, et leur sacrifice n’a pas été sans conséquences : plusieurs conservent aujourd’hui des séquelles permanentes comme des atteintes nerveuses, des pertes sensorielles et d’autres dommages irréversibles liés à la dénutrition prolongée.

Mais la dégradation de l’état de santé des prisonnier·es politiques n’est pas seulement le résultat du jeûne. Les militant·es sont détenu·es dans des conditions d’incarcération « pour terroristes » dégradantes et dangereuses : isolement strict, censure des communications, retards répétés dans l’accès aux soins urgents, suivi médical incohérent, ambulances appelées tardivement, restrictions sévères des contacts avec leurs avocats et leurs familles. Même hospitalisé·es, ils et elles restent lourdement entravé·es, y compris pour aller aux toilettes.

Pourtant, aucun d’eux n’a été inculpé – et encore moins condamné – pour des infractions terroristes. Les prisonnier·es de Palestine Action sont poursuivis pour des délits de droit commun, tels que dégradations ou troubles à l’ordre public, commis avant même que leur organisation ne soit interdite. La présomption d’innocence et le principe de non-rétroactivité du droit sont ainsi piétinés, dans une logique de criminalisation du soutien à la Palestine également à l’œuvre aux États-Unis, en Allemagne ou en France.

De plus, selon le Crown Prosecution Service (l’équivalent du procureur au Royaume-Uni), la durée maximale de la détention provisoire est de 182 jours (une durée déjà scandaleuse). Or, Heba Muraisi et Kamran Ahmed ont été arrêtés en novembre 2024 et ne seront pas jugés avant juin 2026, ce qui représente vingt mois de détention sans procès. Lewie Chiaramello, arrêté en juillet 2025, ne sera jugée lors d’une audience provisoire qu’en janvier 2027, ce qui correspond à une période de dix-huit mois de prison sans jugement.

Le gouvernement travailliste fait la sourde oreille et poursuit la répression

Face à cette situation, le gouvernement travailliste de Keir Starmer persiste dans l’indifférence et le mépris. Bien qu’il soit parfaitement informé de l’état critique des grévistes, aucune mesure sérieuse n’a été prise. Le 18 décembre 2025, The National révélait que près de 900 professionnels de santé avaient écrit au ministre des Affaires étrangères David Lammy et au ministre de la Santé Wes Streeting pour exiger une prise en charge médicale spécialisée, sans obtenir de réponse.

Le mépris du gouvernement s’est exprimé au Parlement le 16 décembre. Après qu’une cinquantaine de députés aient adressé une lettre au gouvernement pour demander au ministre de la Justice de rencontrer les avocats des grévistes de la faim, leur requête a reçu un « non » sec de la part de ce dernier, déclenchant des rires dans l’hémicycle.

Dans une surenchère répressive, le gouvernement a également instrumentalisé les attaques antisémites survenues à Sydney pour durcir la répression des mobilisations : toute référence au mot « intifada » est devenue prétexte à arrestation, tandis que la police a multiplié les violences physiques contre les manifestants. Le 22 décembre, Greta Thunberg a ainsi été arrêtée à Londres pour avoir brandi une pancarte déclarant : « I oppose genocide, I support Palestine Action ».

En réponse au mépris et à la répression, les mobilisations de solidarité se sont intensifiées. Des manifestations régulières ont eu lieu devant le Parlement, les tribunaux, les bureaux du Parti travailliste et les prisons concernées. Ainsi, dans la nuit du 16 au 17 décembre 2025, des manifestant·es – dont la députée Zarah Sultana, du groupe Your Party qu’elle a co-fondé avec Jeremy Corbyn, à gauche du Parti Travailliste – se sont rendus à la prison de HMP Bronzefield pour exiger l’hospitalisation urgente d’une gréviste, Qesser Zuhrah. Après 17 heures de face-à-face avec l’administration pénitentiaire et la police et trois arrestations, une ambulance a finalement été autorisée à entrer pour la transporter à l’hôpital.

La solidarité s’est aussi déployée à l’international. Des rassemblements ont eu lieu devant des ambassades britanniques à Boston, Tel-Aviv, Johannesburg et ailleurs. Georges Ibrahim Abdallah, militant révolutionnaire libanais emprisonné pendant quarante-et-un ans en France et libéré en juillet 2025, a exprimé son soutien, tout comme d’anciens prisonniers républicains irlandais, dont Tommy McKearney, participant à la grève de la faim de 1980. L’ancien détenu de Guantánamo Mansoor Adayfi, aujourd’hui au Royaume-Uni, a même entamé une grève de la faim en solidarité.

Nous apportons tout notre soutien aux grévistes de la faim, mais aussi à l’ensemble des prisonniers politiques et des militants réprimés pour leur dénonciation du génocide à Gaza. Lors du rassemblement parisien organisé en solidarité avec les Fliton 24 le 27 décembre, Sasha Yaropolskaya, militante à Du Pain et Des Roses et Révolution Permanente, a rappelé la dimension internationale de la criminalisation du soutien à la Palestine, et souligné la nécessité de lutter contre cette répression à la même échelle.